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20/10/2015

A l’heure de la transition énergétique, le charbon américain s’apprête à tirer sa révérence

Très attendue à quelques mois de la COP 21, l’annonce des ambitions américaines pour réduire l’impact environnemental du pays a eu un effet retentissant. Les grandes puissances mondiales se devant de montrer la voie quant aux efforts à adresser, Barack Obama et l’EPA[1] ont présenté le 3 août dernier un plan de réduction de 32% des GES[2] liés à la production électrique d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2005.

L’ambition majeure de ce plan est à terme de produire une énergie plus propre et moins nocive pour l’environnement. Or en 2013, la production électrique américaine était à l’origine de 31% du total des rejets de GES aux Etats-Unis, et le charbon représentait quant à lui 39% de la production d’électricité américaine en 2014. Le charbon et les centrales thermiques au charbon sont donc directement ciblés par le Clean Power Plan. Etant donné l’importance du charbon dans le mix énergétique américain, la transition vers un système national de génération d’énergie bas-carbone devra se faire progressivement en prenant en compte les spécificités et les singularités de chaque Etat, inégaux dans la réponse à un tel défi.  

Le charbon occupe une place historiquement prépondérante dans le mix énergétique américain

Alors que la consommation de charbon est relativement basse en Europe, les Etats-Unis font figure d’exception parmi les pays développés puisque le charbon occupe un poids substantiel dans son mix énergétique. Si le pays accorde une place majeure à ce combustible fossile, c’est d’abord simplement parce qu’il en regorge sur son territoire : fin 2014, les Etats-Unis concentraient selon BP 27% des réserves mondiales prouvées de charbon. Le ratio réserves sur production du pays atteignait alors environ 250 ans pour le continent nord-américain selon cette même source. Avec trois principaux bassins miniers du pays situés dans les Appalaches (avec la Virginie Occidentale et le Kentucky), le Powder River Basin à l’Ouest (région aux confins du Wyoming et du Montana), et la région dite « intérieure » avec l’Illinois notamment, les USA ont alors développé dès le XIXème siècle une filière du charbon performante qui employait encore 80 000 personnes uniquement dans les mines en 2013. Si les quatre plus grandes sociétés de production de charbon américaines[3] en 2013 produisaient 50% du charbon du pays, une multitude d’autres sociétés éclatées et souvent concentrées sur un bassin se partageaient le reste de la production du pays, soit 13% de la production mondiale.

La filière américaine joue également un rôle important sur la scène internationale. 4ème exportateur mondial derrière l’Indonésie et l’Australie, les Etats-Unis ont sensiblement augmenté le volume de leurs exportations de charbon (+52% entre 2008 et 2012) dû à plusieurs revirements politiques moins favorables à l'utilisation de charbon sur le sol américain. En effet, l’industrie du charbon américaine est en perte de vitesse depuis plusieurs années et les récentes politiques en faveur de l’environnement ont engendré une baisse notable de la production outre-Atlantique. Ainsi en 2014, on constate une diminution de 11 % du poids du charbon dans la production électrique américaine par rapport à son niveau de 2005, au profit des énergies renouvelables (+5 %), mais surtout du gaz naturel (+8 %), alors que la part du nucléaire demeure stable. Cette évolution résulte de la politique énergétique menée sous les deux mandats d’Obama, et de la pression tous azimuts pour réduire les émissions de GES. Cette chute de la production et de la consommation de charbon a été accompagnée d’une baisse de 363 millions de tonnes de rejets de CO2, démontrant la corrélation irréfutable entre l’utilisation de ce combustible dans la génération d’électricité et la pollution de l’air.

La transition vers une économie bas-carbone impose de s’attaquer au charbon

Le Clean Air Act, grand programme fédéral en vigueur depuis 1963, avait ouvert la voie au contrôle de la propreté de l’air. Le Clean Power Plan, présenté par Obama cet été, va plus loin en s’attaquant en priorité au charbon dont l’impact environnemental est colossal. L’ensemble de la chaîne du charbon est en cause. Selon l’EPA, le charbon était à l’origine de 77% des émissions de CO2 issues de la production électrique en 2013, loin devant le gaz naturel (22%). Le projet fédéral établit dès lors des objectifs définis par l’EPA Etat par Etat de telle sorte que le niveau des émissions de CO2 liées à la production d’électricité en 2030 soit de 32% inférieur à celui de 2005.

Les stratégies de mise en conformité à cette nouvelle politique résolument bas-carbone devraient se traduire par l’amélioration de l’efficacité énergétique des centrales existantes, mais surtout par la réorganisation du parc de centrales actuel d’une part via la substitution des centrales les plus pollueuses par des centrales reconverties au gaz naturel, et d’autre part via le retrait des centrales non rentables. Plus globalement, le programme encourage une utilisation accrue d’énergies renouvelables, la maîtrise de la demande en énergie, et des coopérations inter-Etats efficaces. L’EPA prévoit ainsi une baisse de la génération d’électricité au charbon conséquente au Clean Power Plan de 50 GW entre 2016 et 2020 ; celle-ci viendrait s’ajouter à un retrait de 70 GW de capacités déjà prévu dans le cadre d’autres mesures de régulation établies antérieurement, soit 33% de la génération totale issue du charbon. D’après les prévisions de l’EIA,[4] cette baisse considérable de l’utilisation du charbon devrait dans un premier temps être comblée par un recours massif au gaz naturel, abondant et meilleur marché que les énergies renouvelables, avant de voir ces dernières et les économies d’énergie compenser la quasi intégralité du retrait du charbon à horizon 2035. Il n’est donc pas prévu de recourir au nucléaire pour compenser les pertes. La véracité de ces prévisions dépendra de la ressource en gaz et de son prix par rapport à celui du charbon, de la croissance économique, et des stratégies préconisées par chaque Etat. Toutefois, la reconversion entamée dès 2005 a d’ores et déjà porté ses fruits, et le Bloomberg New Energy Finance (BNEF) estime que, rien que pour l’année 2015, 7,5% des capacités de production d’électricité par centrales thermiques au charbon disparaitront.

#QUOTE

"La sortie du charbon a cependant été amorcée il y a plusieurs années et le Clean Power Plan l'accélèrera et l'achèvera sans doute en dépit des différents obstacles auxquels elle fera face."

L’adaptation sera longue, mais le pays est sur la bonne voie

Le Clean Power Plan devra faire face à de nombreux défis et oppositions. Dans un premier temps, il s’agira de surmonter les contraintes régionales du pays, d’abord car les intérêts des différents Etats divergent, mais surtout parce que les capacités de production électrique varient fortement selon les Etats. Il existe effectivement des disparités significatives quant à l’utilisation du gaz naturel et du taux d’utilisation de cycles combinés. Par ailleurs, le potentiel de pénétration d’énergies renouvelables diffère fortement d’un Etat à l’autre. D’autres arguments contre ce programme sont avancés par The Chamber of Commerce, lobby pro-charbon, comme la future hausse du prix de l’électricité pour les consommateurs ainsi que les risques d'un déséquilibre entre l’offre et la demande qui mènerait à terme à des coupures de courant. L’EIA estime en effet que les tarifs de l’électricité seront voués à augmenter, en particulier au début des années 2020, du fait du fort investissement dans les énergies renouvelables et du recours accru au gaz naturel. The Chamber of Commerce va même jusqu’à chiffrer le coût du Clean Power Plan à 51 milliards de dollars, et prédit la destruction de 224,000 emplois de la filière. La Virginie Occidentale et le Kentucky ont déjà vu le nombre de salariés de leur industrie charbonnière diminuer respectivement de 22% et 36% de 2011 à 2014.

La sortie du charbon a cependant été amorcée il y a plusieurs années et le Clean Power Plan l’accélèrera et l’achèvera sans doute en dépit des différents obstacles auxquels elle fera face. Des Etats précoces comme ceux du Nord-Est ou la Californie ont déjà pris de l’avance dans leur transition énergétique en atteignant les objectifs fixés par le plan avant même son annonce. De plus, sur les 500 centrales thermiques au charbon en marche en 2010 dans le pays, environ 200 avaient déjà fermé en 2015 ; quant au nombre de mines en exploitation, il a diminué de 14% en 1 an, de 2013 à 2014. Le programme choc annoncé cet été devrait en somme appuyer une dynamique positive et permettre de généraliser la transition énergétique et la sortie du charbon à l’ensemble des Etats.

Si les Etats-Unis montrent l’exemple en s’affichant à la hauteur des responsabilités environnementales qui sont les leurs à la veille de la COP21, d’autres pays fortement dépendants du charbon rencontreront davantage de résistances internes dans la transition énergétique. En Australie, une campagne pro-charbon dont le slogan est « Coal. It’s an amazing thing.[5]» est diffusée depuis septembre sur ses principaux médias. Le charbon constitue le deuxième poste d’exportations et permet 70% de la génération électrique australienne.

Sia Partners

Lire également notre article sur l'état des lieux de la filière mondiale de charbon ici.

Notes

[1] U.S. Environment Protection Agency

[2] Gaz à effet de serre

[3] Peabody Energy Corp, Arch Coal Inc, Cloud Peak Energy et Alpha Natural Resources LLC

[4] U.S. Energy Information Administration

[5] Le charbon. C’est une chose magnifique.

Sources

U.S. Energy Information Administration

U.S. Environment Protection Agency

BP Statistical Review of World Energy – June 2015

Bloomberg New Energy Finance

World Coal Association

The Guardian

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