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28/09/2015

L’économie circulaire : vers l’émergence de nouveaux modèles économiques

Depuis le développement de l’industrie, le modèle économique mondial est basé sur un modèle linéaire du type « produire, consommer, jeter ». Durant le XXème siècle s’est développée une société de consommation qui a augmenté de façon très importante son prélèvement sur les ressources naturelles. D’après l’ONG américaine Global Footprint Network [1], la consommation de l’humanité a aujourd’hui dépassé la capacité de la planète à renouveler les ressources consommées : le modèle linéaire a donc atteint ses limites. Dès lors, on peut se demander :  comment maintenir le niveau de croissance, quand la plupart des ressources minérales stratégiques telles que le plomb ou le cuivre seront bientôt épuisées ?

Un changement de paradigme nécessaire

L’économie dite circulaire vise à changer de paradigme par rapport à l’économie linéaire, en limitant le gaspillage des ressources et l’impact environnemental, et en augmentant l’efficacité à tous les stades de l’économie des produits. Contrairement au modèle linéaire qui se contente de consommer des ressources, le modèle circulaire envisage la réintroduction du produit dans la phase de production, que ce soit par le recyclage ou la réutilisation du produit.

L’économie circulaire part d’un principe simple : les ressources dont nous avons besoin pour maintenir nos niveaux de vie, telles que les terres rares, groupe de 17 métaux présents dans de nombreux minéraux mais en très faibles quantités, vont venir à manquer et leurs prix seront alors très élevés. Dès lors, il est fort probable que la source d’approvisionnement la moins chère soit de récupérer les ressources stockées dans les produits usagés, d’où la nécessité de penser dès la conception du produit à la circularité des ressources qu’il renferme.

Figure 1 : Comparaison des cycles de vie linéaire et circulaire, Analyse Sia Partners

L’économie circulaire est basé sur trois piliers que sont la gestion des déchets, l’offre des acteurs économiques et le comportement des utilisateurs. Afin de produire des résultats notables, ce modèle économique ne doit négliger aucun de ces trois piliers.

 Figure 2 : Composantes de l’économie circulaire : 3 piliers et 7 domaines d’action, ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) [2]

En France, une entrée récente dans la transition vers une économie circulaire 

Depuis quelques années, la notion d’économie circulaire apparaît en France et fait peu à peu son entrée dans la loi. Ainsi, un article complet de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte [3], votée en 2015, lui est consacré.

Cet article se traduit par des actions concrètes telles que :

  • la réduction de 50% des quantités de produits manufacturés non recyclables mis sur le marché national avant 2020
  • l’interdiction de tous les emballages et sacs en matière plastique oxo-fragmentable
  • l’inscription dans la loi du délit d’obsolescence programmée, qui peut être désormais puni d’une peine de 2 ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.

L’économie circulaire ne s’adresse pas seulement aux acteurs publics en charge du développement durable et territorial. Les entreprises, en recherche de performance économique et environnementale, y trouvent aussi leur compte, tout comme la société toute entière qui peut ainsi réinterroger ses besoins et sa manière de consommer.
 

Figure 3 : Apparition de l’économie circulaire en France, Analyse Sia Partners

Des initiatives déjà développées à travers le monde : l’exemple du Japon

Le Japon fait figure d’exemple à suivre puisque, en envisageant l’économie circulaire comme un levier de croissance économique, ce pays a réussi à découpler sa croissance économique de sa consommation de matières. Il est intéressant de noter que ce modèle a été appliqué sous la contrainte, à cause d’un manque de place pour stocker les déchets et d’une forte croissance démographique. Il s’agit d’une situation qui pourrait affecter de nombreux pays dans les prochaines décennies.  Le dispositif législatif nippon, officialisé en 2000 par une loi cadre associée, est décliné par secteurs d’activité et par catégorie de produits pour tenir compte des spécificités et des différents niveaux de maturité des industries du recyclage. Il se démarque aussi par sa dynamique d’amélioration continue. Les objectifs fixés par l’Etat nippon, en concertation avec des professionnels, sont régulièrement revus pour tenir compte de l’évolution technologique et des résultats atteints. Selon le gouvernement japonais, 650 000 emplois auraient ainsi été créés en l'espace de sept ans, en particulier dans le domaine des biens de consommation finale et des matériaux [4].

Des opportunités économiques considérables à l’horizon 2025

En plus de présenter des bénéfices environnementaux évidents,  l’économie circulaire est créatrice de richesse et d’emplois sur l’ensemble du territoire, en particulier en aval des déchetteries avec le développement du recyclage. Les rapports de la fondation Ellen McArthur [5], mettent ainsi en évidence des bénéfices économiques considérables si l’économie circulaire venait à être développée.

Figure 4 : Conclusions des différents rapports de la fondation Ellen McArthur parus en 2012, 2013 et 2014

Emergence de nouveaux business models : ou comment créer de la valeur dans un monde aux ressources limitées

Face à la raréfaction des ressources, de nouveaux business models voient le jour afin de découpler la création de valeur de la consommation de ressources.

L’économie de la fonctionnalité 

Un nombre grandissant d'entreprises, des start-up comme des multinationales, adoptent l'économie de la fonctionnalité. A travers ce business model le producteur ne vend plus le bien mais l’usage de celui-ci. Il garde la propriété du bien et des matériaux, et les coûts d’utilisation étant désormais à sa charge, il va alors chercher à réduire la consommation d’énergie lors de la phase de vie du produit.

Le producteur dispose de plusieurs solutions pour minimiser ses coûts parmi lesquelles :

  • L’éco-conception des produits composant la prestation, qui permet de réaliser une marge plus importante (réduction des consommations de ressources, allongement de la durée de vie et donc du nombre de transactions potentielles).
  • La mise en place d’une circularité des matières premières composant le produit (utilisation de matériaux renouvelables ou recyclables).

A titre d’exemple, Michelin a créé une rupture stratégique en développant un nouveau business model à destination de ses clients transporteurs. Au lieu de rester sur un business model « classique » de vente des pneus, Michelin propose désormais un service de gestion externalisée du parc pneumatique. Ce business model est basé sur la mise à disposition de pneus restant la propriété de Michelin et facturés aux kilomètres parcourus. Ce service comprend, outre la location des pneus, une optimisation de leur maintenance via la minimisation du temps d’immobilisation des camions, ainsi qu’une vérification régulière de leur pression. Ce dispositif a permis à Michelin de multiplier par 2,5 la durée de vie de ses pneus, et ainsi de réaliser des économies tout en proposant une proposition de valeur supérieure à ses clients.

L’écologie industrielle

Dénommée aussi symbiose industrielle, l’écologie industrielle a pour but de créer des réseaux d’acteurs industriels complémentaires où les déchets des uns constituent des ressources pour les autres. Les déchets sont ainsi réintroduits dans le circuit économique. Bien souvent, les motivations sous-jacentes de ces actions restent liées aux enjeux économiques des entreprises qui les mettent en œuvre. Ainsi, il peut s’agir de la récupération de la chaleur et du CO2 des industriels pour chauffer les serres des agriculteurs, ou d’utiliser les déchets d’une usine pour fabriquer des combustibles de synthèse (gaz, fuels…) [6].

Les bénéfices de l’écologie industrielle sont doubles :

  • Des bénéfices environnementaux via une diminution de la pollution atmosphérique, une réutilisation des déchets (chaleur et CO2) comme matières premières, et une réduction de la consommation de ressources.
  • Des bénéfices stratégiques et économiques pour l’entreprise : il s’agit d’un moyen pour l’entreprise d’innover, de se démarquer de la concurrence ou encore d’accroître son efficience en optimisant sa consommation de ressources et sa gestion des déchets.

 L’économie collaborative

L’économie collaborative est probablement le business model le plus connu et celui qui a le plus fait ses preuves : les exemples tels qu’Airbnb, BlaBlaCar, Drivy ne manquent pas. Ce business model repose sur la mise sur le marché de l’usage d’un bien que l’on possède, via la centralisation des biens sur une plateforme internet. L’économie collaborative crée une monétisation de la notion de partage :

  • D’un côté les créateurs et gérants des plateformes de partage se rémunèrent via des commissions et/ou des revenus publicitaires. 
  • De l’autre côté, le propriétaire du bien est rémunéré en contrepartie du prêt de son bien.

Selon une étude réalisée en juillet 2012 par l'Observatoire Société et Consommation sur l'évolution des consommations émergentes, pour 83 % des Français, "aujourd'hui, l'important c'est de pouvoir utiliser un produit plus que de le posséder". Dès lors, plus les biens coûtent chers à l'achat et plus ils sont utilisés de manière occasionnelle, plus le nouveau mode de consommation que constitue l'économie collaborative s'avère rentable pour les particuliers.

Un changement de paradigme à accompagner et réfléchir

Cependant, ce changement de paradigme ne se fera pas du jour au lendemain : il va en effet falloir responsabiliser et intéresser le consommateur, afin qu’il devienne acteur de l’économie circulaire. De même, autres acteurs incontournables de l’économie circulaire, les entreprises pourraient se montrer réticentes si ce modèle les pénalise par rapport à leurs concurrents étrangers. Dès lors, comme préconisé par un rapport du Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable (CGEDD),  la réorientation vers le modèle circulaire doit être conçue et réalisée à une échelle internationale [7].

Le recyclage, un des piliers de l’économie circulaire, ne doit pas être pris comme excuse pour consommer et produire : la réduction à la source, notamment via l’éco-conception est une priorité. De plus, il ne faut pas oublier que le recyclage n’est pas une « boucle étanche » : la plupart des matériaux ne sont en effet pas recyclables à l’infini.

Par ailleurs, l’économie circulaire peut vite conduire à des aberrations si elle n’est pas réfléchie.  Elle s’appuie parfois sur un cercle de 10 000 km, lorsque des déchets français sont envoyés en Chine pour être recyclés puis de nouveau expédiés en France pour être consommés. Relocaliser les usines de recyclage dans le pays de consommation pourrait permettre de réduire ces distances et de créer des emplois dans ce même pays.

Concernant les emplois justement, aujourd’hui, en France, le potentiel de l’économie circulaire en termes d’emplois est étudié pilier par pilier, secteur par secteur [8]. Mais il devient urgent de réaliser une étude systémique du potentiel socio-économique de la transition vers l’économie circulaire dans son ensemble. Une telle étude permettrait d’identifier les nouvelles opportunités socio-économiques pouvant mener à une évolution positive du marché de l’emploi. L’économie circulaire a donc encore du chemin à parcourir sur le territoire français.

Sia Partners

Notes et sources

[1] Le Global Footprint Network se présente comme « laboratoire d’idées international qui fournit des outils de comptabilité d'Empreinte Ecologique afin de guider les décisions politiques appropriées dans un monde aux ressources limitées ». Il travaille avec les collectivités territoriales, les gouvernements, les investisseurs et les leaders d'opinion, « afin que tous les habitants de la Terre vivent décemment des ressources d'une seule planète ». http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/earth_overshoot_day/

[2] Expertise de l’ADEME sur l’économie circulaire http://www.ademe.fr/expertises/economie-circulaire

[3] http://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2015/8/17/DEVX1413992L/jo#JORFSCTA000031044389

Un titre est consacré à l’économie circulaire : « Titre IV : lutter contre les gaspillages et promouvoir l’économie circulaire : de la conception des produits à leur recyclage »

[4] Rapport sur la mise en place d’une politique d’économie circulaire au Japon, « 2010 Establishing a sound material-cycle society », Ministry of the Environment, Government of Japan, https://www.env.go.jp/en/recycle/smcs/a-rep/2010gs_full.pdf

[5] Créée en 2009, la fondation Ellen MacArthur est un organisme indépendant dont l’objectif est d’inspirer les nouvelles générations à imaginer et construire un avenir prospère et durable dans le cadre d’une économie circulaire. Les rapports sur l’économie circulaire sont disponibles à l’adresse suivante : http://www.ellenmacarthurfoundation.org/business/reports.

[6] Etude Sia Partners : « Le Power-to-Gas un outil de flexibilité pour accompagner la transformation du système énergétique ». http://www.energie.sia-partners.com/20150209/le-power-to-gaz-un-outil-de-flexibilite-pour-accompagner-la-transformation-du-systeme-energetique

[7] « L’économie circulaire, état des lieux et perspectives », Novembre 2014, réalisé par le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/154000005/0000.pdf

[8] « Quel potentiel d’emplois pour une économie circulaire ? », 2015, Rapport Bibliographique de l’Institut de l’économie circulaire http://www.institut-economie-circulaire.fr/Etude-l-L-Institut-publie-une-etude-sur-le-potentiel-d-emplois-en-economie-circulaire_a867.html

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