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11/07/2019

Québec, comment favoriser l’efficacité énergétique dans un contexte d’électricité à bas prix ?

La régie de l’énergie, via le projet de loi 34, propose le gel des tarifs d’électricité en 2020 et fixe la hausse des prix à l’inflation pour les quatre années suivantes. Avec une électricité déjà parmi les meilleurs marchés d’Amérique du Nord issue d’une production en grande partie renouvelable, le Québec dispose d’une position énergétique privilégiée pour une province industrialisée de cette importance. Dans ce contexte, et face à la croissance de la demande en électricité, quels sont les leviers actionnables pour accélérer l’efficacité énergétique ?

L’électricité du Québec, une énergie abordable et peu carbonée

Avec plus de 94% d’énergie électrique issue de production hydraulique[i], la province du Québec est l’une des régions du monde avec une part d’énergie propre dans le mix énergétique parmi les plus élevées. Cette caractéristique a permis l’accessibilité à une énergie abondante, décarbonée et bon marché qui a encouragé le développement économique et l’installation d’industries. En effet, le prix du KWh au Canada se situe autour de 13 cents Canadiens, contre plus de 16,8 cents en moyenne aux Etats-Unis (28 cents à New York[ii]), 24,8 cents en Suède et 44 cents en Allemagne[iii].

Ce tarif est attractif d’une part grâce à la configuration géographique du Québec qui regorge de ressources hydrauliques, et d’autre part à travers à la volonté des pouvoirs publics de limiter les hausses des frais d’électricité. Aujourd'hui, la consommation industrielle (en majorité la production d’aluminium et de métaux non-ferreux) et résidentielle (dont le chauffage représente 64%) sont les deux plus grands postes de consommation électrique au Québec[iv].

Des besoins en électricité qui devraient naturellement augmenter dans les prochaines années

Plusieurs tendances se dessinent et risquent d’impacter fortement le paysage énergétique Québécois. D’une part, la montée en puissance de la voiture électrique (VE) va « électrifier » le secteur des transports, qui consommait en 2016 plus de 97% d’énergie combustible fossile[iv]. L’objectif du gouvernement est d’atteindre 100 000 VE en 2020 et 1M en 2030[v] sur un parc total de 5M de véhicules légers. Cette augmentation du nombre de VE pourrait augmenter la consommation électrique totale de l’ordre 6% à l’horizon 2030 (estimation Sia Partners). D’autre part, la Mairie de Montréal souhaite notamment interdire le chauffage au Mazout[vi], qui représente aujourd’hui plus de 6% des besoins énergétiques résidentiels[iv]. Ces deux éléments à eux seuls pourraient faire grimper la consommation résidentielle de plus de 12 TWh d’ici à 2030 (soit une augmentation d’environ 12%). Un troisième élément structurant qui viendra impacter la demande en énergie est la pression croissante sur le marché de l’export, notamment vers la côte Est des Etats-Unis dont les besoins en énergie propre augmentent.

De nombreuses initiatives déjà mises en place afin de favoriser l’efficacité énergétique

Dans ce contexte d’augmentation de la demande en électricité, le gouvernement du Canada s’est engagé à être un acteur majeur de la transition énergétique, notamment avec la signature des accords de Paris. La recherche de nouveaux moyens d’amélioration de l’efficacité énergétique parait donc indispensable afin de répondre aux besoins de la transition énergétique et à la demande croissante en électricité.

Hydro Québec, société d’Etat québécoise responsable de la production, du transport et de la distribution de l’électricité au Québec, a déjà mis en œuvre de nombreuses initiatives pour encourager les particuliers et les professionnels à mieux consommer.

 

Pour les clients d’affaires, Hydro Québec propose des programmes de soutien à l’investissement et à la décision, d’appui à l’innovation et d’appui en gestion de la demande de puissance.
Pour aller plus loin et favoriser d’autant plus la transition énergétique, certaines initiatives observées en Europe pourraient être utilisées et adaptées au contexte local.

Exemples de leviers réglementaires, techniques ou financiers rencontrés, notamment en Europe, permettant de favoriser l’efficacité électrique

Capitaliser sur les compteurs communicants : le Québec ayant quasiment achevé le déploiement de compteurs communicants, ces actifs peuvent être utilisés pour proposer des services innovants afin d’offrir des actions concrètes de réduction de sa consommation en temps réel. Total Direct Energie en France avec la clé Atome et Iberdrola en Espagne avec Mirubee proposent déjà des solutions de suivi qui permettent de désagréger les données de consommation pour mieux reconnaître les appareils les plus énergivores en temps réel, accompagnés d’alarmes et de notifications en cas de surconsommation.

Faciliter l’accès à l’autoconsommation : les solutions d’EDP avec Redy au Portugal et de Fortum avec Smart Living en Suède et en Finlande, permettent d’intégrer la production solaire domestique avec l’ensemble des autres appareils sur une même interface. Ce dispositif, couplé avec un accompagnement poussé vers l’autoproduction et l’autoconsommation via l’installation de panneaux solaires, pourrait contribuer à baisser la pression sur le réseau électrique du Québec. La province dispose en effet d’un bon potentiel photovoltaïque, particulièrement dans le Sud, avec 1 200 heures équivalentes d’ensoleillement annuel (66% de l’ensoleillement du Sud de la Californie)[vii].

Modifier la structure tarifaire de l’électricité : les réseaux intelligents (Smart Grid) permettent la mise en œuvre de structures tarifaires innovantes et rendant l’électricité plus attractive notamment pendant des heures dites « creuses ». Engie en France propose une offre « Elec Week-End » qui permet aux utilisateurs équipés de compteurs communicants de bénéficier de 30% de réduction sur le tarif réglementé sur l’ensemble du week-end, et de 30% en semaine selon les horaires fixés localement par le gestionnaire du réseau. Des mécanismes similaires d’effacement des particuliers et des professionnels pendant les pics de consommation peuvent également être mis en place.

Agir sur le prix du carbone : les prix du carbone restent relativement épars d’un pays à un autre. Au Québec, à travers le SPEDE (système Québécois de plafonnement et d’échange de droit d’émission), le prix à la tonne de CO2 se situe autour de 15 USD/tCO₂, contre 55 en France, 57 en Norvège et 139 en Suède[viii]. En 2017, un groupe de 13 économistes soutenus par la Banque Mondiale préconisait, pour atteindre les objectifs fixés lors de l’Accord de Paris, de fixer un prix de la tonne de CO2 entre 50 et 100 USD d’ici 2030[ix].

Enfin, d’autres leviers relevant principalement du cadre réglementaire peuvent toujours avoir un impact positif tels que : favoriser l’accès aux programmes de rénovation, d’isolation et de transformation de bâtiments (élargissement du périmètre des ménages éligibles aux subventions, centralisation de l’ensemble des acteurs proposant des aides en un guichet unique, etc.) ou favoriser l’émergence de l’innovation en soutenant l’accompagnement aux start-ups qui travaillent sur des sujets en lien avec l’efficacité énergétique.

 

 

À défaut d’augmenter significativement ses capacités de production et afin d’atteindre son objectif de doubler les exportations d’ici 2030, le Québec doit ainsi poursuivre la mutation engagée de ses modes de consommations électriques. Des leviers réglementaires, techniques et financiers peuvent toujours être actionnés pour mettre efficacement à contribution le grand public et les professionnels. La province, avec ses ressources naturelles, humaines et technologiques qui offrent un très beau terrain de jeu face au défi de la transition écologique, pourra également compter sur l’émergence de nouvelles technologies telle que la 5G. Avec un débit de communication cent fois plus rapide que la 4G, elle offrira le potentiel d’améliorer le rendement des outils de supervision du réseau, et de favoriser davantage les offres « ville intelligente » et « maison intelligente », qui constituent un élément clé de l’efficacité énergétique.

 

Sia Partners

 

[i]Moyenne de la production 2018 selon le site Statistiques Canada : https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/cv.action?pid=2510001501#timeframe

[iv] Selon une étude de HEC Montréal parue en 2019 (données 2016) : http://energie.hec.ca/wp-content/uploads/2018/12/EEQ2019_WEB.pdf

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