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23/04/2019

Interview de l’équipe projet West Grid Synergy : un démonstrateur Smart Grid pour le gaz au service des territoires

Sia Partners a rencontré Romain Verles, Alain Bissonnier et Marine Gabory, en charge du pilotage du projet West Grid Synergy à GRTgaz, afin de comprendre les enjeux de ce projet innovant préfigurant le Smart Grid gaz de demain.

 

 

Sia Partners : Engagé dans la transition énergétique, GRTgaz se positionne comme coordinateur du projet West Grid Synergy, visant à réaliser un démonstrateur d’envergure pour préfigurer ce que sera le système gaz décarboné de demain. Pourriez-vous nous expliquer le contexte et les objectifs de ce projet ?

 

Romain Verles : La Loi relative à la Transition Energétique pour la Croissance Verte[i] fixe comme objectif de porter la part d’énergie renouvelable (EnR) à 10% de la consommation finale de gaz en France en 2030, soit une injection de l’ordre de 13 TWh/an de biométhane. Cela représente environ 580 sites raccordés sur les réseaux de distribution et 70 sur les réseaux de transport. À horizon 2030, les opérateurs de réseaux estiment même que le gaz renouvelable injecté dans les réseaux pourrait représenter près de 30% de la consommation finale de gaz en France soit près de 90 TWh.

Déjà sur de nombreux territoires, l’injection de biométhane dépasse les capacités d’intégration actuelles des réseaux de distribution, notamment en été où la consommation de gaz diminue fortement. Le manque de capacité d’injection dans les réseaux existants pose la question de la nécessaire adaptation des réseaux de gaz à l’instar de ce qu’a connu le système électrique.

Initié en 2017 par GRTgaz, les gestionnaires de réseaux de distribution GRDF et SOREGIES, les Syndicats Départementaux d’Énergies du Morbihan (Morbihan Énergies), du Maine et Loire (SIéML), de Vendée (SyDEV) ainsi que les régions Bretagne et Pays de la Loire, West Grid Synergy est un démonstrateur ambitieux de réseaux de gaz intelligents articulé autour de l’intégration de projets d’injection de biométhane.

West Grid Synergy a pour objectifs de concrétiser le potentiel énergétique des territoires et d’apporter de nouveaux services aux différents utilisateurs des réseaux de gaz : producteurs, industriels, collectivités… 

 

 

Le projet West Grid Synergy se décline sur trois territoires d’expérimentation (Pays de Pontivy – Morbihan, Pays de Pouzauges – Vendée et Mauges Communauté – Maine-et-Loire) interconnectés par le même réseau régional de GRTgaz et répartis sur les régions Bretagne et Pays de la Loire.

Ces territoires vont accueillir d’ici 2021 de nombreux projets de biométhane. Ils présentent chacun des situations gazières différentes pour lesquelles les finalités de ce démonstrateur du « système gaz 2.0 » sont nombreuses :

  • Maximiser la production de gaz renouvelable en facilitant son intégration dans les réseaux gaziers pour développer la part de biométhane dans la consommation,
  • Permettre le développement d’usages écologiquement et économiquement performants via la conversion de véhicules diesel au GNV par exemple,
  • Accompagner les territoires dans la valorisation des productions locales,
  • Faire rentrer pleinement le gaz dans l’ère des Smart Grids.

 

La part de gaz vert dans ces 3 réseaux d’expérimentation pourrait ainsi atteindre de 50% à 90% de la consommation des territoires à l’horizon 2020, très au-delà de l’objectif cible de 10% à l’horizon 2030 fixé par la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte !

 

Sia Partners : Cette approche territoriale va ainsi permettre pour ces différents acteurs la mise à disposition d’un réseau de gaz digitalisé et décarboné. Comment cela va-t-il se traduire en termes d’innovation technique ?

 

Alain Bissonnier : Le projet West Grid Synergy vise à déployer de nouvelles solutions mariant infrastructures gazières et numériques dont les missions seront de :

  • Permettre une gestion intelligente des ouvrages sur un périmètre inédit alliant réseau de transport, réseaux de distribution et usages,
  • Développer de nouveaux services pour permettre aux consommateurs et producteurs de biométhane d’agir plus efficacement, tout en améliorant l’efficience globale du système,
  • Déterminer de nouvelles approches et méthodologies collaboratives au service de la transition énergétique gazière.

 

 

Concrètement, l’objectif du projet sera d’apporter de nouvelles sources de flexibilité aux réseaux de gaz, via la mise en service de nouvelles infrastructures mais aussi via l’expérimentation de solutions innovantes de pilotage des réseaux.

Les solutions d’infrastructures se traduisent par exemple par la mise en œuvre d’une « dorsale biogazière » de 43km sur le territoire des Mauges. Ce nouveau réseau, fruit d’une concertation locale, répond aux attentes combinées d’un industriel gazo-intensif souhaitant décarboner une partie de sa consommation énergétique, ainsi qu’aux porteurs de projets de méthanisation de la zone, quand chacun de leurs besoins pris individuellement n’auraient pu justifier la mise en œuvre d’une telle infrastructure. Parallèlement, les premières installations en France dites de « rebours »[ii] vont être mises en service en 2019 sur les territoires de Pouzauges (Vendée) et de Pontivy (Morbihan). Ces nouvelles infrastructures vont permettre aux réseaux de distribution de pouvoir « respirer » : en consommant du gaz depuis l’infrastructure GRTgaz lorsque nécessaire et désormais en y restituant les surplus d’énergie quand la production de biométhane locale est trop importante pour être consommée localement. Il s’agit donc d’assurer aux producteurs la rentabilité de leurs projets en permettant l’export de leur production vers des territoires voisins en déficit de gaz vert.

 

Outre ces nouvelles solutions d’infrastructures, il est essentiel de s’appuyer sur le numérique pour piloter plus efficacement le réseau. Jusqu’alors, les réseaux de gaz fonctionnent de façon monodirectionnelle, pour assurer une continuité d’alimentation à l’ensemble des points de consommations. Demain, ils devront intégrer en plus, de façon décentralisée, des centaines de points d’injections. L’objectif est de tirer profit des nouvelles technologies d’information et de communication pour améliorer la connaissance de l’état des réseaux, des consommations, des injections et alimenter des modèles de simulations pour optimiser le pilotage des grandeurs physiques du réseau et le fonctionnement des infrastructures. Il sera aussi possible de mieux anticiper les situations exceptionnelles et de fournir de nouvelles données à l’ensemble des acteurs de la chaine gazière. Le numérique apportera ainsi des solutions pour intégrer à moindres coûts le gaz renouvelable en décloisonnant l’ensemble de la chaîne (producteurs, réseaux, usages...).

 

Sia Partners : La concertation sur les territoires représente un volet important du projet West Grid Synergy. Pourquoi est-il important que les territoires s’approprient le projet et quelles sont les méthodes mises en œuvre ?

 

Marine Gabory : L’acceptabilité sociétale du projet est une condition essentielle au succès de West Grid Synergy. Aujourd’hui, les territoires sont des véritables acteurs de la transition énergétique. Il devient donc nécessaire de les aider à valoriser la production de gaz renouvelable sur leur territoire, via par exemple la création d’outils d’information, de pédagogie et de vulgarisation à destination des différents publics. La concertation avec les territoires est essentielle pour identifier les soutiens, fédérer les différents acteurs et créer des synergies. L’objectif est de prendre en considération les spécificités des territoires tout en ciblant les acteurs directement concernés par les retombées et les impacts des unités de méthanisation, mais également les acteurs concernés de façon indirecte.

Travailler avec des syndicats départementaux d’énergie est très bénéfique pour le projet, et notamment pour réunir tous les acteurs de la chaine de valeur : ils jouent un rôle de catalyseur sur leur territoire et de relai auprès des collectivités. Le développement de la méthanisation doit aussi être porté par les territoires engagés dans la transition énergétique. En leur permettant de valoriser leur production et consommation de gaz vert, le projet West Grid Synergy leur offre de nouveaux moyens de promotion, et d’autant plus lorsque le territoire exporte du biométhane – si la production locale est supérieure à la consommation locale. Les partenaires de West Grid Synergy jouent ainsi un rôle de facilitateur auprès des collectivités territoriales.

 

Présentations

Romain Verles est développeur commercial au sein de la Direction Commerciale de GRTgaz et pilote du projet West Grid Synergy.

 

Alain Bissonnier est chargé de mission Smart Grid au sein de la Direction Système d’Information de GRTgaz.

 

Marine Gabory est chargée de projets Smart Grid et Open Data au sein de la Direction Système d’Information de GRTgaz.

 

[i]Loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000031044385&categorieLien=id

[ii] « Entretien avec Daniel DUFOUR, directeur du programme biométhane de GRTgaz », 15/01/2018

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