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01/03/2019

Interview de Côme Renaudier (ADEME) sur les perspectives de l’Ecologie Industrielle et Territoriale en France [Cycle EIT - 3/3]

Lancé en 2017, le Réseau Synapse est né de la volonté des animateurs locaux de se regrouper pour coordonner les dynamiques d’EIT observées dans toutes les régions. Il rassemble aujourd’hui les différents acteurs de l’écologie industrielle et territoriale : animateurs locaux, autorités et organismes publiques, agences de développement économique, mais aussi des chercheurs, des consultants et des think tanks. L’ambition première du Réseau Synapse est d’accélérer le déploiement de l’EIT dans les territoires par la concrétisation des synergies et leur massification.

Sia Partners – Comment s’est développée l’Ecologie Industrielle et Territoriale en France?

C. Renaudier, ADEME - On peut distinguer trois grandes phases de l’EIT en France. La période 2000-2015 a été celle des projets structurants de recherche sur la méthodologie, avec notamment le projet COMETHE[1]. Puis de 2015 à 2017, plusieurs projets d’expérimentations de l’EIT ont été menés pour tester la méthode et développer des outils de suivi. On peut citer les trois projets d’envergure nationale que sont le Programme National des Synergies Inter-Entreprises (PNSI)[2], l’outil ACTIF[3] ou encore le référentiel d’évaluation des démarches ELIPSE[4]. Depuis deux ans, nous constatons une augmentation du nombre de nouvelles démarches EIT, avec plusieurs dizaines d’initiatives chaque année dans le pays. Les premières actions portent principalement sur des études de flux et la mise en place de synergies de mutualisation.

Sia Partners – Quels sont selon vous les leviers pour aujourd’hui changer d’échelle ?

C. Renaudier, ADEME - On n’arrivera pas à faire décoller le sujet si on ne parvient pas faire la démonstration de l’intérêt économique de l’EIT pour les entreprises et les territoires. Or, on manque pour l’instant de retours d’expériences suffisamment consolidés pour objectiver les gains économiques potentiels à des entreprises et du pays. En fonction du potentiel économique identifié, l’EIT pourra devenir un réel argument d’attractivité pour les territoires et s’inscrira davantage dans les priorités de l’agenda politique. Par ailleurs, l’une de nos priorités à court terme est de favoriser la massification des données de flux à l’échelle des entreprises afin de maximiser le potentiel de synergies.

Sia Partners - Qu’est ce qui a contrario constitue encore un frein à l’accélération de l’EIT en France ?

C. Renaudier, ADEME - A moyen terme, si l’on estime que la démonstration de la pertinence économique est faite, on peut se heurter à des contraintes de savoir-faire. Rendre un même service en substituant une matière à une autre requiert potentiellement des connaissances relativement pointues en physique, en chimie ou en résistance mécanique. Nous avons encore beaucoup à apprendre de ce côté-là.

Un autre aspect important de la mise en place de synergies, c’est cette communauté de destin qui se crée entre deux entreprises qui collaborent. Même si l’appartenance à un réseau d’EIT peut permettre d’être plus résilient, les entreprises sont encore frileuses à l’idée de lier une partie de leur approvisionnement à l’activité de leur voisin. L’ADEME va publier au début de l’année prochaine une étude sur les types de risques associés à l’échange de chaleur fatale et les modalités juridiques et financières pour couvrir ces risques. On pourra par la suite transposer ces réflexions sur l’échange de matière pour lever un certain nombre de freins similaires.

Sia Partners – Le soutien de l’ADEME sera-t-il toujours indispensable ?

C. Renaudier, ADEME - Nous parlions tout à l’heure des freins à l’expansion de l’EIT, le défi de la pérennité du modèle économique en est également un. Notre objectif pour le moment est d’accompagner les territoires pour les aider à gagner en maturité sur les sujets d’EIT, afin que des acteurs publics ou privés au niveau local se positionnent et deviennent autonomes financièrement.

En revanche, parce que les acteurs principaux de l’EIT sont des entreprises privées, la mise en place de nouvelles synergies est le plus souvent motivée par la recherche de gains économiques. L’interventionnisme public doit et devra toujours être présent pour rendre possible des synergies moins rentables mais ayant un impact positif très fort sur l’environnement. A travers leur ancrage territorial, les collectivités auront vraisemblablement un rôle croissant à jouer.

Sia Partners – Au-delà des gains économiques attendus, comment l’EIT pourra répondre aux enjeux climatiques actuels ?

C. Renaudier, ADEME - Parmi tous les scénarios envisagés pour maintenir le réchauffement de la planète en dessous des deux degrés, il n’y en a pas un de sérieux qui fasse l’impasse sur le niveau de demande en matière première. En d’autres termes, il est primordial d’appliquer réellement les concepts de l’économie circulaire aux industries lourdes pour que cela devienne un levier déterminant pour réduire significativement l’impact carbone du secteur. Le bouclage des flux doit contribuer avec l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables à lutter contre les dérèglements climatiques. Ainsi, les industriels très amont dans les chaines de valeurs, produisant souvent des matières intenses en énergie, doivent se pencher sérieusement sur la question. Ces industries ont d’ailleurs souvent une proximité géographique (zones portuaires, plateformes chimiques, etc.). Ceux qui anticiperont cette problématique dès à présent seront probablement demain les gagnants de la transition énergétique et écologique.

 

Présentation de l’ADEME et du Réseau Synapse

L'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME), très impliquée dans l’EIT, a impulsé la création du Réseau Synapse, finance son animation et assure la présidence du comité d’orientation. Par ailleurs, à travers ses directions régionales, l’ADEME finance des postes d’animateurs EIT ainsi que certaines démarches EIT comme les projets de chaleur fatale ou pour réaliser des expertises sur des synergies complexes. Au-delà de cette mission autour de l’EIT, l’ADEME, en tant qu’opérateur d’état, s’attache à soutenir et mettre en œuvre la politique française de transition énergétique et écologique principalement dans les domaines de l’énergie, du climat, de l’économie circulaire et de la qualité de l’air, et ce sur tous les secteurs d’activités (industrie, transport, bâtiment, agriculture etc.).

Présentation de Côme Renaudier

Côme Renaudier est ingénieur au service Entreprises et Dynamiques Industrielles de l’ADEME, et co-animateur du Réseau Synapse.

 

Sia Partners

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