• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
15/06/2017

Entretien avec la Coordinatrice Enedis du projet BienVEnu : Domitille Alozy

 

BienVEnu est un projet qui propose l'installation d'une infrastructure de recharge de véhicules électriques et d'autopartage dans l'habitat collectif existant. Cette initiative lancée dans le cadre d’un AMI ADEME contribue à l'essor de l'écomobilité et à l'application du droit à la prise, en cherchant à concevoir un modèle viable et avantageux, et une infrastructure évolutive. En trois ans, le but est de montrer la viabilité technique et économique de ce type d’offre de mobilité électrique, et d’émettre des préconisations pour les futures entreprises se lançant sur ce marché.

Présentation de Domitille Alozy

Après avoir occupé plusieurs fonctions techniques au sein d’Enedis (service à la clientèle technique, contrôle et exploitation des réseaux, comptage), Domitille Alozy est en charge depuis 2013 du Département Grands Projets d’Enedis en Ile-de-France, en particulier ceux liés aux Smart Grids, aux Smart Cities et aux véhicules électriques. Elle est coordinatrice du projet BienVEnu (www.bienvenu-idf.fr) depuis son lancement en Septembre 2015.

 

 

Sia Partners : Pour commencer, pouvez-vous nous rappeler la nature du projet BienVEnu, et comment la formation du consortium a émergé ?

Domitille Alozy : A l’occasion d’un appel à manifestation d’intérêt de l’ADEME, Enedis s’est interrogé sur le type de sujets sur lesquels nous souhaitions travailler en consortium. Nous avons assez rapidement pensé à la mobilité électrique, qui ne fait pas partie de nos missions naturelles mais que nous souhaitions accompagner. Il était donc naturel pour nous de collaborer avec d’autres entreprises pour proposer une solution de recharge de véhicule électrique dans le résidentiel collectif, qui offre une possibilité de pilotage et de recharge intelligente qui va permettre de limiter l’impact sur la puissance souscrite à l’intérieur d’un site, et par ricochet sur le réseau public de distribution d’électricité. Le partenariat s’est créé d’abord avec le rapprochement d’acteurs techniques et académiques, Nexans, G2Mobility, Trialog, CentraleSupélec, mais nous nous sommes rapidement rendus compte que pour que ce projet fonctionne, il ne fallait pas seulement développer un démonstrateur technique. Il fallait aussi le tester dans la vie réelle en créant une offre commerciale avec un opérateur d’infrastructure de recharge des véhicules électriques, d’où le rôle de Park’n Plug et de Clem’, pour l’offre de service et l’autopartage, appuyé des études sociologiques de Tetragora sur l’analyse de l’acceptabilité des offres développées. Ainsi, nous sommes finalement huit partenaires dans le projet. A l’heure actuelle, nous avons 6 immeubles bénéficiaires de BienVEnu, pour un objectif final de 10 immeubles bénéficiaires : une copropriété et cinq bailleurs privés. Deux sont en service depuis fin 2016 / début 2017, un autre depuis quelques semaines. Les travaux vont commencer pour les suivants.

 

Sia Partners : Ce projet est donc un démonstrateur technique et économique qui vise à prouver la viabilité d’une solution de recharge des véhicules électriques dans les immeubles collectifs. Il y a donc deux grands volets dans le projet BienVEnu : proposer une solution technique et une offre commerciale. Pouvez-vous nous en dire plus sur le volet technique du projet ? Quels sont les enjeux techniques rencontrés et les solutions techniques mises en œuvre pour y répondre ?

Domitille Alozy : Les défis techniques sont apparus dès le cœur de l’infrastructure : le choix et la pose des câbles. C’est le partenaire Nexans qui fournit ce qu’on appelle des câbles bus, ainsi que des raccords à perforation d’isolant qui permettent la connexion des bornes à tout niveau sur le câble. Nous utilisons cette technologie au quotidien sur le réseau de distribution, dit C14100. Un des enjeux du projet a été l’homologation de ce type de câbles dans le résidentiel, le réseau C15100. C’est une des grandes avancées du projet ! Dans les immeubles, la solution fonctionne ainsi comme une grappe de raisin, avec le câble qui est l’artère principale et les bornes qui viennent s’ajouter à tout endroit sur cette artère, jusqu’à la limite de puissance du câble (jusqu’à 40 bornes pour les câbles de section classique proposés comme solution de base).

Les bornes sont fournies par Nexans et G2Mobility, nous souhaitions avoir des bornes de constructeurs différents pour vérifier que le système de pilotage intelligent pouvait gérer différents types de bornes. Le pilotage intelligent est effectué grâce à une Box fournie par G2Mobility, qui va héberger l’intelligence et l’algorithme développé par CentraleSupélec. G2Mobility disposait déjà d’un algorithme de recharge mais nous voulions montrer que la G2Box acceptait des algorithmes tiers.

Concernant l’architecture de communication générale dans le système, c’est Trialog qui a pour rôle de vérifier les normes existantes les plus adaptées. Trialog teste en laboratoire des protocoles de communication différents pour cibler des possibilités plus avantageuses que l’existant, et adapter les normes le cas échéant.

 

Sia Partners : Il existe plusieurs solutions pour l'installation de bornes de recharge dans un immeuble : reliées directement au logement, reliées au tableau électrique des parties communes, ou reliées à un nouveau tableau électrique, en "grappe isolée". Quelles sont les solutions mises en œuvre par BienVEnu et qui semblent les plus adaptées en fonction du type d'immeuble ?

Domitille Alozy : Pour reprendre l’image de la grappe de raisin, il faut savoir que toutes les bornes sont connectées, via le câble constituant l’artère principale, à un compteur placé en tête de grappe. Partant de là, il y a plusieurs solutions, considérées au cas par cas pour toutes les installations pilotes du projet (ndlr : voir à ce sujet l’article de Sia Partners) :

  • Créer un nouveau point de livraison sur la colonne montante de l’immeuble, sous réserve qu’elle le permette (contraintes de puissance, etc.) ;
  • Si on a accès facilement au compteur des parties communes, et qu’il y a de la puissance disponible sur ce branchement, poser ce nouveau point de livraison en décompte (une solution difficile à mettre en œuvre, en pratique) ;
  • Raccorder directement sur le réseau, sous réserve de respecter les contraintes de sécurité. C’est une solution pertinente si le parking n’est pas au même niveau que l’immeuble, par exemple. 

 

Sia Partners : Concernant l’offre commerciale, comment est-elle construite ? Varie-t-elle selon le type d’immeuble ? Qui la porte auprès d’eux ?

Domitille Alozy : C’est le rôle de Park’n Plug, qui est l’interlocuteur unique des sites et le porteur de l’offre commerciale, et de Clem’ qui gère les services d’autopartage et de covoiturage. Nous avons décidé de proposer une offre à tiroirs pour s’adapter aux différents profils d’immeubles.

En copropriété, l’Assemblée Générale doit valider la pose de l’infrastructure de base, en particulier la pose du câble bus. Tous les copropriétaires vont participer au financement de cette infrastructure, on doit donc équiper l’intégralité du parking. En outre, les places sont souvent toutes affectées, aussi le service de l’autopartage répond moins à la demande initiale des copropriétaires qui nous contactent.

Un bailleur peut, lui, réaffecter ses places. Il va donc plutôt avoir intérêt à n’équiper qu’une partie du parking, mettre quelques bornes, en rajouter plus tard si le besoin s’en fait ressentir.  L’infrastructure de base va donc de facto être plus limitée en termes de coûts. De plus, l’autopartage permet au bailleur de valoriser son bien en y ajoutant un service.

Ce service d’autopartage est proposé par Clem’, qui met à disposition sa plateforme d’autopartage pour les voitures dédiées à ce service mais aussi pour les véhicules des habitants qui souhaiteraient les mettre en location pour les autres résidents de l’immeuble, ou à l’externe : c’est de l’autopartage en peer-to-peer. Clem’ prend en charge les questions d’assurance, de planning, d’entretien et de logistique. La plateforme permet aussi de mettre une borne en location.

Il existe différentes offres de service de recharge proposées par Park’n Plug, qui pourront être amenées à évoluer, par exemple :  

  • Offre client Premium, où celui-ci aura la garantie que son véhicule se mettra en charge au plus tôt après son arrivée en fonction de la disponibilité, l’algorithme de gestion le priorisant  pour assurer une recharge minimale.
  • Offre client Eco, où le client sera prêt à attendre la recharge, en attendant par exemple un signal tarifaire favorable. Il aura une garantie que x% de sa batterie sera rechargée le lendemain.

Il faut bien comprendre que ce qui est proposé est une offre de service et pas d’électricité. La loi interdit de faire de la revente d’électricité. Le contrat de fourniture d’électricité est donc souscrit par la copropriété ou le bailleur. Park’n Plug va prélever les utilisateurs d’un certain montant, en fonction de l’offre de service qu’ils auront choisie et de leur utilisation, et va restituer une partie de cette somme à la copropriété ou au bailleur, en fonction de l’électricité consommée et éventuellement d’une marge supplémentaire demandée. Sur chaque borne, il y a un petit compteur permettant non pas de facturer, mais de connaître la répartition des coûts de charge en fonction de chaque service et chaque utilisation.

 

Sia Partners : Comment le projet est-il financé et que payent les immeubles au final ?

Domitille Alozy : Park’n Plug propose une offre à un coût de marché cible, représentatif de ce que le service coûtera demain. Les surcoûts de R&D financés par les partenaires bénéficient des subventions et avances remboursables du CGI via l’ADEME ; la Région Ile-de-France, pour sa part, aide au financement de l’infrastructure de base sur les sites pilotes. Ces sites précurseurs peuvent aussi bénéficier de la subvention ADVENIR, pour chaque borne installée. Park’n Plug fait la demande de cette subvention pour le compte du propriétaire. Cela s’arrête là.

On aurait pu, dans le cadre d’un démonstrateur, équiper gratuitement les dix sites, mais nous voulions réellement tester cette offre d’un point de vue économique, pour s’assurer de sa viabilité. Par exemple, c’est parce que nous nous sommes rendus compte que la solution était trop chère pour les copropriétés à cause de la nécessité d’installer du câble dans l’intégralité du parking, que Park’n Plug et Nexans ont développé un chariot de pose qui va permettre de diminuer les coûts. Nous innovons ainsi dans le sens de l’acceptabilité des coûts ! 

 

Propos recueillis par Sonia Ribeiro, Sia Partners

0 commentaire
Publier un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top