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22/05/2017

Donald Trump Président : Un nouvel âge d’or pour le charbon aux USA ?

Le 20 janvier dernier, Donald Trump est officiellement devenu le 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Cette élection annonce de profondes modifications de la politique énergétique du pays, l’homme d’affaire américain ayant exposé un programme radical en ce qui concerne la production énergétique et les considérations environnementales. Il affirme en effet ne pas soutenir le développement des énergies renouvelables, mais vouloir faire du charbon l’un des vecteurs principaux de production d’électricité, quitte à réduire à néant les efforts de l’ex-président Barack Obama. Mais qu’en est-il vraiment ? Dans quelle mesure les revendications du nouveau président sont elles possibles à mettre en place ?

La situation énergétique actuelle des USA

 

Dans le mix énergétique américain, les énergies renouvelables et le gaz naturel ont récemment beaucoup progressé, aux dépens du charbon. Anciennement source d’énergie dominatrice aux Etats-Unis, le charbon et son industrie n’ont cessé de décroître depuis quelques années. Ainsi, si le charbon représentait près de 50% de l’énergie produite en 2006 avec environ 2 000 TWh, il n’en représente plus que 30% aujourd’hui, sa production d’électricité ayant décru jusqu’à 1240 TWh[i] (voir notre article « A l’heure de la transition énergétique, le charbon américain s’apprête à tirer sa révérence »).

 

L’exploitation des réserves conséquentes de gaz de schiste du pays a renforcé ce phénomène. En effet, dans les conditions de marché actuelles,  le gaz est un vecteur d’énergie plus séduisant car peu couteux et plus propre. L’accent toujours plus fort porté sur les énergies renouvelables par le gouvernement Obama explique également cette évolution. L’ex-président américain menait ce qu’il nommait une guerre du charbon (« war on coal ») qui s’est traduit par l’ « Obama’s Clean Power Plan », visant à remplacer les anciennes centrales à charbon par des centrales à gaz ou des sources d’énergie renouvelable.

Avec le déclin de l’industrie du charbon,  le nombre d’emplois a diminué de 28% entre 2011 et 2016, affectant particulièrement les Etats comme la Pennsylvanie ou l’Ohio. Patriot Coal, entreprise d’exploitation minière et de revente de charbon de l’est américain, a par exemple licencié 670 ouvriers en décembre 2015 dans le Kentucky, soit 22% des employés de l’entreprise, invoquant la concurrence trop forte du gaz, et les régulations contraignantes de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA). De plus, l’automatisation des tâches et le ralentissement des industries directement liées au charbon, comme celle de l’acier, ont renforcé les suppressions d’emplois du secteur du charbon.

 

Le programme de  Donald Trump

 

Le mix énergétique américain devrait cependant être totalement bousculé par le programme du nouveau président Donald Trump. En effet, il  a axé sa campagne sur des projets de réformes radicales, et souhaite revenir à un véritable « âge d’or » du charbon. Se portant en représentant des ouvriers miniers, selon lui volontairement mis sur la touche pendant huit années sous l’ère Obama, Trump a garanti lors de ses meetings vouloir faire refleurir l’industrie du charbon et y augmenter considérablement le nombre d’emplois. Cette communication a été payante puisque les Etats les plus dépendants de l’industrie du charbon ont tous voté pour le représentant républicain, comme la Pennsylvanie à 48.8%, l’Ohio à 52.1%, et la West Virginia à 68.7%[ii]. Ainsi, Trump refuse catégoriquement de fermer les centrales à charbon dont il souhaite renforcer l’exploitation tout en développant en parallèle l’exploitation du gaz de schiste.

 

L’une des priorités de Donald Trump était donc d’annuler le Clean Power Plan afin d’avoir une marge de manœuvre plus importante. Ainsi, le 28 mars dernier, Donald Trump a signé le « décret sur l’indépendance énergétique »,  qui a pour but de réévaluer les réformes mises en place par le gouvernement Obama au sujet de la transition énergétique. Le président a également réaffirmé sa volonté de continuer à supprimer les réglementations environnementales de son prédécesseur et de faire bénéficier l’industrie du charbon d’un contexte propice au développement. Cette mesure a été accueillie avec enthousiasme par une grande partie des républicains siégeant au Congrès.

Trump semble donc prêt à bafouer l’accord sur le climat de la COP21 établi à Paris en 2016. Et en nommant à la tête de l’EPA Scott Pruit, procureur général de l’Oklahoma depuis 2011 et fervent défenseur du pétrole niant catégoriquement la notion de réchauffement climatique, il s’est entouré d’un allié solide. Les deux hommes ont ainsi proposé un nouveau budget, en coupant les investissements destinés à la recherche sur le changement climatique, et en réduisant de 31% le budget de l’EPA.[iii]

Mais la pure suppression des mesures en faveur de la transition énergétique au profit de mesures de soutien à l’industrie du charbon est-elle réellement envisageable ? Ne dépend-t-elle que des volontés du Président ?

 

Les limites du programme de Donald Trump

 

Limites d’ordre économique et technique

Tout d’abord, ces mesures doivent répondre à une demande, et il semble peu vraisemblable que la demande en charbon augmente aux USA lors des prochains mois. Ceci est dû principalement à la substituabilité du gaz et du charbon. Le gaz étant un vecteur énergétique bien plus performant que le charbon, il est peu probable que la tendance de substitution du charbon par le gaz s’inverse, au vu des réserves de gaz (de schiste notamment) dont disposent les Etats-Unis. Cette abondance devrait maintenir les prix du gaz bas et contrebalancer les avantages dont dispose le charbon, à savoir sa profusion et son prix. En effet, si le prix du charbon est en baisse constante depuis 2011, celui du gaz l’est aussi. Par ailleurs, les usines à gaz présentent des avantages techniques par rapport aux centrales à charbon. Elles sont en effet plus rapides et moins coûteuses à construire, présentent un rendement supérieur, et offrent une flexibilité plus importante. A titre de comparaison, une centrale à gaz peut démarrer en moins d’un quart d’heure et atteindre sa pleine puissance après une à cinq heures, tandis qu’une centrale à charbon démarre en une à sept heures et met deux à douze heures pour fonctionner à sa puissance maximale[iv].

 

 

 

A l’image de la consommation américaine, les exportations de charbon ont diminué de 67% entre 2012 et 2016, passant de 125 à 41 millions de tonnes de charbon exportées[v]. Avec la montée en puissance de l’Australie, de l’Indonésie ou encore de la Colombie qui bénéficient de coûts d’exploitation et de transport plus faibles et d’un taux de conversion plus favorable, il est peu probable que les exportations américaines de charbon puissent repartir à la hausse.

 

Limites d’ordre environnemental

D’un point de vue environnemental, Trump souhaite supprimer de nombreuses régulations limitant les émissions de carbone pour relancer l’industrie du charbon. Cependant, le  développement de nouvelles centrales à charbon ou la rénovation des anciennes s’envisage sur le long terme. A titre indicatif, une centrale à charbon se construit en environ quatre ans et a une durée de vie estimée à quarante ans[vi]. Il est ainsi légitime pour les investisseurs de se demander si se relancer dans l’industrie du charbon est un choix pertinent avant de financer la construction ou la rénovation d’une centrale à charbon. En effet, les investisseurs attendent des retours calculés sur la durée de vie totale de la centrale, soit à un horizon bien plus grand que celui de la gouvernance de Trump. Et rien n’indique que la politique de Trump sur le charbon sera reprise par ses successeurs.

 

Limites d’ordre institutionnel

Enfin, Donald Trump devra faire face aux limitations politiques ancrées dans la Constitution américaine. En effet, le président n’a pas le loisir de mettre en place n’importe quelle mesure ou d’abroger n’importe quelle loi. C‘est le Congrès des Etats-Unis, composé du Sénat (100 sénateurs) et de la Chambre des représentants (435 représentants), qui possède le pouvoir d’écrire et voter les lois. Et même si les républicains sont majoritaires au Congrès, l’accord de 60 sénateurs au minimum est nécessaire pour faire passer une loi ou une procédure, ce qui implique de convaincre plusieurs membres du parti démocrate. La Cour Suprême, composée de 9 juges, joue également un rôle important dans les prises de décisions législatives, puisqu’elle peut annuler, sans appel possible, toute loi votée. Les juges élus sont cependant pour la plupart conservateurs et seront donc vraisemblablement enclin à soutenir les propositions de Trump. Enfin, certaines décisions se font également au niveau des Etats et non au niveau fédéral, et il existe une certaine indépendance législative des états.

Par exemple, le CARB (California Air Resource Board) a revoté à l’unanimité une série de normes concernant les émissions des véhicules, normes qui avaient été instaurées par le gouvernement Obama en 2011 puis supprimées par Donald Trump le 15 mars dernier.

Le président américain s’attaque donc à un chantier colossal, et sera confronté à de nombreux obstacles, s’il veut mener à bien les projets qui l’ont mené jusqu’à la Maison Blanche. Alors que le retour en grâce du charbon était l’un de ses principaux arguments de campagne, tous les regards sont maintenant tournés vers lui, dans l’attente de voir s’il saura mettre en application ses promesses dans ce domaine. Les circonstances économiques, politiques et environnementales semblent toutefois rendre la tâche du président difficile à accomplir.

 

Sia Partners

 

Notes & Sources

[i] U.S. Energy Information Administration, EIA (eia.gov)

[ii] Associated Press, AP (ap.org)

[iii] Coral Davenport, « Trump lays plans to reverse Obama’s Climate Change legacy », The New-York Times, 21 mars 2017

[iv] "Technical assessment of the operation of coal and gas fired plants", Parsons Brinckerhoff, 2014

[v]U.S. Energy Information Administration, EIA (eia.gov)

[vi] "Technical assessment of the operation of coal and gas fired plants", Parsons Brinckerhoff, 2014

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