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21/02/2017

La rénovation énergétique, un atout clé pour la transition énergétique et la société, mais qui peine encore à décoller

Souvent oubliée, moins médiatisée et mise en avant que le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique revêt pourtant une importance majeure pour le succès de la transition énergétique. A l’aube d’un nouveau quinquennat, les responsables politiques et les citoyens auraient tout intérêt à prendre conscience des intérêts économiques et sociaux de ce parent pauvre de la transition énergétique.

La rénovation énergétique est un secteur au fort potentiel, mais encore délaissé, malgré des objectifs ambitieux fixés par la Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV)

 

Dans son dernier scénario, Négawatt[i] parie sur une baisse de la consommation d’énergie grâce à des mesures d’efficacité énergétique du même ordre que l’augmentation de la production d’énergie issue de sources renouvelables. Il faut dire que le potentiel d’économies d’énergie est considérable, en particulier dans le secteur résidentiel, qui représente à lui seul 31% de la consommation d’énergie finale française, et près de 10% des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Actuellement, dans le parc de résidences principales privées, environ 7,4 millions de logements sont des « passoires énergétiques », c’est-à-dire des logements particulièrement énergivores, ayant une consommation d’énergie de plus de 330 kWh/m2/an – ce qui correspond aux étiquettes F et G des Diagnostics de Performance Energétique. Or, au rythme actuel de démolition et dans la situation actuelle de tension sur le marché du logement, il restera encore 6,6 millions de passoires énergétiques en 2025. Une seule solution : les rénover. C’est dans ce contexte que la LTECV fixe des objectifs ambitieux de rénovation d’ici 2025, avec :

- 500 000 rénovations performantes de logements par an à partir de 2017, dont la moitié doit concerner des logements occupés par des ménages aux revenus modestes (130 000 dans le parc privé et 120 000 dans le parc social),

- La diminution de la précarité énergétique de 15% entre 2015 et 2020. L’ONPE donne plusieurs définitions de la précarité énergétique, nous pouvons retenir que cette situation est le plus souvent celle de ménages pauvres, appartenant aux trois premiers déciles de revenus par UC[ii] de la population, vivant dans une passoire énergétique,

- L’élimination des passoires énergétiques à l’horizon 2025.

 

Ces objectifs, bien qu’ambitieux, sont encore insuffisants : ce ne sont pas 500 000 mais près de 800 000 rénovations performantes par an qui seraient nécessaires, rien que dans le parc privé, pour éliminer les 7,4 millions de passoires du parc privé. Encore plus préoccupant, les derniers chiffres de l’enquête OPEN[iii] : en 2014, seulement 288 000 rénovations performantes auraient été achevées, tous logements compris (passoires ou non). Le graphique ci-dessous indique le rythme de rénovation et la baisse du nombre de passoires atteinte dans un scénario tendanciel, où l’on reste à 288 000 rénovations par an dont seulement 54 000 sont des passoires énergétiques selon nos estimations, et dans un scénario permettant d’atteindre les objectifs de la LTECV.

 

 

L’Etat serait pourtant bénéficiaire d’un plan d’investissement ambitieux dans la rénovation énergétique : 1€ investi lui rapporterait 1,06€ à long terme

 

Devant l’attrait très limité de la rénovation énergétique pour les ménages, seule une politique de soutien ambitieuse et efficace permettra de convaincre les ménages de rénover leurs logements afin de se rapprocher de l’objectif de la LTECV. L’initiative « Rénovons ! » propose un plan d’investissement public dans la rénovation énergétique, permettant à tous les ménages de financer facilement une rénovation performante, grâce à un Eco-prêt à taux zéro accessible à tous, et à une prise en charge jusqu’à 79% du montant des travaux pour les ménages les plus pauvres.

 

 

Un tel plan de rénovation représenterait un investissement de 80 milliards d’euros dans le secteur de la rénovation, dont 36 milliards seraient financés par l’Etat, et 44 milliards par les ménages, en fixant un objectif d’atteinte de l’étiquette énergie D après rénovation. Loin de représenter une perte sèche pour l’Etat, il serait rentable à long terme. Même si une baisse des recettes serait observée dans le secteur énergétique, la société serait largement bénéficiaire de ce plan, avec le développement massif de l’activité dans le secteur du bâtiment et de la rénovation énergétique, mais aussi, à plus long terme, dans tous les secteurs liés à la consommation des ménages. En effet, les économies sur la facture énergétique des ménages, de 512€ en moyenne par an, se traduiraient par une hausse de leur pouvoir d’achat et de leurs dépenses, même si une partie des économies seraient épargnées. Pour l’Etat, cette hausse de l’activité représenterait des recettes fiscales supplémentaires, sur l’activité des entreprises, la consommation, et les prélèvements sur les salaires des emplois créés.  En termes de rentabilité économique, le délai de récupération de l’investissement initial serait de 26 ans, avec une Valeur Actuelle Nette d’environ 2 Md€ (actualisée au taux de 4,5%, recommandé par le dernier rapport du CGSP pour l’évaluation des investissements publics[iv]).  En termes moins techniques, chaque euro investi par l’Etat lui rapporterait en retour 1,06 €.

 

 

En plus d’être rentable économiquement, l’investissement de l’Etat dans la rénovation énergétique apporte d’importants bénéfices environnementaux et sociaux

 

Le marché de l’emploi serait largement bénéficiaire d’un tel plan, car le contenu en emplois de la consommation moyenne des ménages, et du secteur du bâtiment, sont largement supérieurs à ceux des secteurs énergétiques, d’après une étude du CIRED[v]. Ainsi, le plan de rénovation représenterait environ 126 000 emplois équivalent temps plein nets créés sur la période 2017-2025, et 18 000 à plus long terme, une fois les Eco-Prêts à Taux Zéro remboursés, grâce aux économies des ménages.

En plus de ces impacts économiques positifs, le plan de rénovation aurait évidemment un intérêt écologique et sanitaire considérable, avec des économies d’énergie de l’ordre de 41 TWh d’énergie primaire par an (à mix électrique constant, celui de 2015), 6,13 MteqCO2 évités chaque année, et plusieurs tonnes de polluants tels que les NOx, SO2 et matières particulaires évitées chaque année. Cela représente une baisse de 12,5% par rapport aux niveaux actuels d’émissions de GES dans le secteur résidentiel. Pour les ménages directement impactés par une rénovation, c’est aussi une amélioration de la qualité de vie. Rappelons que la privation de chauffage et l’humidité des logements des ménages en situation de précarité énergétique sont sources de nombreuses affections (asthme, bronchites chroniques et aigues, allergies, dépression…) attribuables aux mauvaises performances énergétiques du logement, comme l’a montré une étude de la Fondation Abbé Pierre. [vi]

 

 

Il est donc nécessaire que l’Etat se donne les moyens d’atteindre son objectif ambitieux d’élimination des passoires énergétiques à horizon 2025, car augmenter le financement des travaux de rénovation énergétique des ménages leur permettra d’atteindre un retour sur investissement de 4 à 18 ans grâce aux économies réalisées sur leurs factures, contre 24 à 34 ans sinon. La rénovation énergétique des logements permet ainsi de combiner des bénéfices sur la santé, l’emploi,  le pouvoir d’achat des ménages, l’environnement et d’améliorer la résilience économique de la France aux variations des prix des énergies fossiles.

 

Retrouvez l'étude dans son intégralité ici.

 

S. Bardaune, S. Ribeiro

 

Notes & Sources

[i] Association négaWatt, Scénario négaWatt 2017-2050

[ii] Décile de revenu par UC : L’unité de consommation (UC) renvoie à un système de pondération attribuant un coefficient à chaque membre du ménage et permettant de comparer les niveaux de vie de ménages de tailles ou de compositions différentes, cf. la définition de l’INSEE

[iii] Campagne OPEN 2015

[iv] Commissariat Général à la stratégie et la Prospective, Evaluation Socio-Economique des Investissements Publics, 2013

[v] Philippe Quirion, CIRED, L’effet net sur l’emploi de la transition énergétique en France, Une analyse input-output du scénario Négawatt - 2013

[vi] L’impact de la précarité énergétique sur la santé, Fondation Abbé Pierre, 2013

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