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23/01/2017

Quels leviers pour financer la couverture du territoire en bornes de recharge pour véhicules électriques ?

Le dernier mandat présidentiel a misé sur le développement du véhicule électrique pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports. La Loi pour la transition énergétique et la croissance verte de 2015 est ainsi riche en initiatives en faveur de la mobilité électrique. Mesure phare, le « super bonus » permet aux particuliers de bénéficier d’aides avantageuses à l’achat de véhicules électriques. Résultat de cette politique volontariste, la France est en tête des ventes de véhicules électriques en Europe au premier semestre 2016. Toutefois, afin de concrétiser le développement de l’électromobilité, les efforts doivent également être portés sur la mise en place d’un réseau de bornes de recharge dense et adapté en vue de satisfaire les besoins nouveaux de la filière. 

ÉTAT DES LIEUX DES INFRASTRUCTURES DE RECHARGE

L’équipement du territoire en bornes de recharge accessibles au public affiche environ 45 prises pour 100 000 habitants en France. Ce chiffre reste éloigné des 168 prises pour 100 000 habitants affiché par la Norvège, qui détient le plus grand nombre de véhicules électriques par habitant au monde. A cela s’ajoute de fortes disparités géographiques, en particulier entre les grandes métropoles et les espaces ruraux, qui limitent les déplacements en véhicule électrique aux espaces urbains. Cependant, la situation évolue rapidement : le site collaboratif Chargemap, qui recense les bornes de recharge, a notamment enregistré une croissance du nombre de prises de 38% entre juin 2015 et juin 2016 en France, ce qui souligne un essor notable à encourager.

De nombreux acteurs privés sont mobilisés pour financer l’équipement du territoire en bornes de recharge. En 2014, l’Etat a décidé d'exonérer de la redevance d’occupation du domaine public, les acteurs dont le projet d’équipement du territoire en IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicule Électrique) est reconnu d’intérêt national. Il s’agit du Groupe Bolloré, de la Compagnie Nationale du Rhône et d’EDF (via sa filiale Sodetrel).

D’autres acteurs sont mobilisés sur des projets d’envergure locale, nationale ou même internationale. Pour les constructeurs automobiles comme Renault, Nissan ou Tesla, le financement de bornes de recharge apparaît comme un levier pour étendre leur marché. Pour certains acteurs privés, la mise à disposition de bornes de recharge peut également être un élément d’attractivité à faire valoir auprès de leur clientèle : c’est le cas pour les acteurs de l’hôtellerie, les gestionnaires de parkings ou encore la grande distribution.

Parallèlement à ces initiatives privées, le financement des bornes par les acteurs publics permet notamment de lutter contre les “zones blanches” et de préserver le principe d’égalité du territoire. Au total, l’Etat souhaite investir 50 millions d’euros pour cofinancer le déploiement de bornes de recharge par les collectivités locales d’ici fin 2017. Dix-huit collectivités avaient obtenu une réponse favorable de l’ADEME à leur demande de financement lors de la première édition du dispositif de soutien lancé en 2013 dans le cadre du programme d’Investissements d’avenir (PIA). Face à ce succès mitigé, la date limite a été repoussée d’un an et les seuils d’éligibilité ont été assouplis en juillet 2014 pour s’adresser aussi aux projets de taille plus modeste.

A titre de comparaison, la Norvège, qui compte 5 millions d’habitants, a lancé en 2009 un programme public national de près de 13 millions d’euros. L’Allemagne, en revanche, a fortement misé sur les partenariats publics-privés, avec notamment une forte mobilisation des constructeurs automobiles.

 

DE NOMBREUSES INITIATIVES, MAIS QUELS OBJECTIFS ?

En 2014, la Ministre de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer, Ségolène Royal, avait annoncé un objectif de 7 millions de bornes en 2030. A titre de comparaison, l’objectif allemand est d’installer 1,2 million de points de charge d’ici 2020, dont 15% de ces points de charge uniquement seront situés sur l’espace public ou semi-public. L’Allemagne mise donc pour beaucoup sur le déploiement de bornes de recharge sur les espaces privés (parking d’habitations ou d’entreprises). Cette répartition correspond à l’usage réel des automobilistes, 95% des recharges étant effectuées au domicile.

La majorité du besoin en bornes concerne le domicile ou le lieu de travail. Le nombre de bornes nécessaires sur la voie publique est en comparaison très faible. Le « Livre Vert sur les infrastructures de recharge ouvertes au public pour les véhicules décarbonés » considère que le maillage optimal est d’une borne tous les 20 kilomètres. Ce maillage en bornes semi-accélérées ou rapides répond au besoin de recharges occasionnelles ou grande distance et permet une utilisation confortable des véhicules électriques. Un maillage tous les 20 kilomètres correspondrait à 1 400 stations de recharge à l’échelle de la France métropolitaine.

Trois tendances montrent qu’il est inutile de sur-équiper la voie publique de bornes de recharge. Tout d’abord, l’augmentation de l’autonomie des batteries permet aux automobilistes de parcourir plus de distances avant d’avoir besoin de recharger leur véhicule. Le nouveau véhicule d’entrée de gamme de Tesla propose une autonomie de 355 km. Renault a annoncé récemment travailler sur la sortie d’une nouvelle batterie pour le véhicule Zoé (qui reste le véhicule électrique le plus vendu en France) ce qui permettrait de faire passer l’autonomie de 160 à 320 km. D’autre part, le parc automobile est amené à diminuer dans les prochaines années. Une étude de l’ADEME publiée en 2014 sur les déplacements en 2050, prévoit que le nombre de véhicules passera en France de 35 millions à 22 millions, dont 5 millions en auto-partage. Enfin, l’habitude du grand public vis-à-vis de la mobilité électrique va naturellement faire baisser le besoin de réassurance (c’est-à-dire la visibilité des bornes sur la voie publique).

 

MOBILISER LE SECTEUR PRIVÉ SUR LES ÉQUIPEMENTS EN BORNES

Un nouveau levier de financement des bornes de recharge dans les espaces privés a récemment été créé. L’association AVERE-France est en effet à l’initiative du programme ADVENIR, opérationnel depuis juillet 2016 et qui s’étalera jusque fin 2018. Ce programme consiste à faire financer les bornes de recharge privées (non accessibles sur la voie publique) grâce au dispositif des certificats d’économie d’énergie (CEE). Le montant total du programme de financement s’élève à 15,6 millions d’euros. Il permettra de financer 6 300 points de recharge sur les parkings d’entreprises ou de centre commerciaux et 5 700 points de recharge sur les parkings d’habitations collectives. Au total, ce sont donc 12 000 installations d’IRVE qui devraient ainsi être co-financées à hauteur de 40% (pour les entreprises) et 50% (pour les particuliers). Le programme ADVENIR se distingue donc des financements publics proposés par l'ADEME. Le nouvel appel à projet de l'ADEME paru en octobre 2016 prévoit le financement de 3000 à 5000 bornes situées, elles, exclusivement sur la voie publique.

Pour l’instant EDF est l’unique participant « obligé » du programme qu’il finance à hauteur de 9,75 millions d’euros. D’autres participants peuvent donc toujours se manifester pour les 5,85 millions d’euros restants.

Les Plans de Déplacement Inter-Entreprises (PDIE) peuvent aussi être un moyen de promouvoir l’installation de bornes de recharges sur les lieux de travail. De plus, le temps de stationnement long permet de privilégier la recharge lente qui améliore la durée de vie de la batterie et nécessite des installations moins coûteuses. Un décret paru le 16 juillet, et entrant en vigueur en janvier 2017, rend obligatoire l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques dans les bâtiments neufs. D’après la loi Grenelle II du 12 juillet 2010, tous les parkings de bureaux doivent être pré-équipés (câblage relié à un compteur individuel basse consommation) pour permettre l’installation de prises ou bornes de recharge. L’installation de bornes de recharge pour les salariés peut être ainsi encouragée via les PDIE qui permettent d’ouvrir une nouvelle phase de réflexion sur les nouveaux besoins de mobilité des salariés et les infrastructures à mettre en place pour y répondre.

Plusieurs leviers existent donc pour développer le réseau d’IRVE sur les espaces privés. A l’image de son voisin allemand, la France doit miser sur le déploiement des bornes de recharge privées pour satisfaire ses ambitions en termes d’éco-mobilité. La récente annonce de la Ministre de l'environnement au Mondial de l'Automobile 2016 va dans ce sens avec un objectif de 1 million de bornes d'ici 2020 dont 90% chez les particuliers. Les leviers disponibles sont à la fois réglementaires avec le renforcement de l’obligation d’installation de bornes de recharge dans les parkings ; mais également financiers, avec la participation de nouveaux obligés à des programmes de financement de bornes de recharge grâce au crédit d'impôt pour l'installation de bornes chez les particuliers. Enfin, il existe aussi des leviers institutionnels, avec la mise en place d’un travail de communication auprès des entreprises et des territoires notamment lors de la réalisation des PDE et PDIE.

 

Retrouvez cette analyse et beaucoup d’autres dans le Magazine Énergie Outlook 2016, consultable sur notre blog.

 

Sia Partners

 

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