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16/10/2016

A quand le retour des fusions-acquisitions dans l’amont pétrogazier ?

2015 a battu tous les records en termes de montants engagés dans des opérations de fusions-acquisitions tous secteurs confondus dans le monde. Néanmoins, si le secteur Pétrole & Gaz s’était historiquement révélé comme l’un des plus friands de ce genre d’opérations, la chute du prix du baril a considérablement amoindri le marché des fusions-acquisitions du secteur depuis fin 2014. Le marché va-t-il encore rester atone pour le deuxième semestre 2016 ? Retour sur cette période délicate et tour d’horizon des facteurs qui pourraient influer sur la tendance des opérations de fusions-acquisitions de l’amont pétrolier dans les prochains mois.

Paradoxalement, l’évolution du cours du baril entre juin 2014 et janvier 2016 n’a pas favorisé les opérations de fusions-acquisitions sur cette période

La chute vertigineuse de plus de 70% du prix du baril entre juin 2014 et janvier 2016[i] a fragilisé les acteurs de l’amont pétrolier. La baisse de prix du brut a mécaniquement érodé leur chiffre d’affaire, mais également plombé leur bilan en raison des lourdes dépréciations d’actifs. Illustration ci-dessous avec l’évolution des chiffres d’affaires et les résultats nets des majors pétrolières :

Bien que les Etats-Unis soient devenus le premier producteur mondial de pétrole en 2014, le marché américain regorge de producteurs en difficulté qui éprouvent de plus en plus de difficultés à se financer auprès des banques. On assiste ainsi à une explosion des junk bonds aux Etats-Unis : 16% des dettes considérées comme « à risque » émises par les entreprises américaines concernent le  secteur de l’énergie, contre 4% il y a quelques années[ii]. Mois après mois des producteurs américains mettent la clé sous la porte : ils étaient déjà 69 début mai 2016 à laisser au total plus de 34 milliards de dollars de dettes non-remboursées[iii]. Beaucoup restent à l’agonie et doivent se faire racheter ou se consolider pour survivre en atteignant une taille critique.

La précarité financière des acteurs a naturellement conduit à la mise sur le marché de nombreux actifs. Mais le manque de visibilité sur le prix du baril a compliqué la valorisation des actifs des entreprises et ainsi réduit les probabilités qu’un acheteur et un vendeur s’accordent sur un prix commun et concluent un deal. En effet le prix du pétrole a subi une volatilité comprise entre 27% et 78% entre octobre 2014 et juin 2016 alors qu’elle était comprise entre 15% et 32% depuis fin 2012[iv]. Fin 2015, certains actifs américains étaient encore évalués par des vendeurs en utilisant des prix autour de 80-85 dollars le baril, valorisation que peu d’acheteurs étaient prêts à accepter.

Ainsi les opérations de fusions-acquisitions sont restées atones depuis la chute des cours : en dehors de l’achat de BG Group par Shell[v], les transactions de l’amont pétrolier sont passées de 187 milliards de dollars en 2014 à 67 milliards en 2015, record de faiblesse sur la dernière décennie. Le marché nord-américain représentant historiquement aux alentours de 60% des deals du secteur[vi], sa situation morose a fortement influé sur cette évolution : il est passé de 101 milliards de dollars de transactions en 2014 à 27 milliards en 2015 avec moitié moins de deals en 2015 qu’en moyenne sur la période 2008-2014[vii].

 

Malgré une reprise encore timide, des signes laissent penser qu’un retour des fusions-acquisitions est possible

Le premier semestre 2016 n’a pas connu d’embellie au niveau des fusions-acquisitions dans l’amont pétrolier. Les montants de transactions sont comparables à ceux de 2015 avec 18,5 milliards de dollars au 1er trimestre et 25,6 milliards de dollars au 2nd trimestre au niveau mondial tout en voyant le nombre de transactions encore diminuer par rapport à 2015. Cela est dû en partie à l’explosion du pic de volatilité du baril atteint en février 2016[viii].

Néanmoins, certains indicateurs pourraient annoncer un retour des transactions prochainement. Tout d’abord, les cours du brut ont entamé une remontée sensible au cours du premier semestre pour se stabiliser autour de 45-50 dollars le baril[ix]. La volatilité a également diminué pour se stabiliser autour de 40%[x]. Ces retours à des niveaux moins « extrêmes » peuvent faciliter un terrain d’entente entre acheteurs et vendeurs. Les taux directeurs restant encore faibles, les entreprises peuvent envisager des acquisitions à un coût de la dette favorable : la BCE a abaissé ses taux à 0% en mars 2016, tandis que la FED a légèrement augmenté son taux directeur à entre 0,25% et 0,50% en décembre 2015.

Les majors ont aussi des intérêts à se lancer dans des opérations d’acquisitions. Leur part relative dans les réserves et la production mondiale de pétrole a diminué ces dernières années pour atteindre respectivement 3% et 10% (contre 4% et 16% en 2000)[xi], causée par le faible renouvellement de leurs gisements et le développement des compagnies nationales. Acquérir un acteur concurrent ou un de ses actifs représente ainsi actuellement une opportunité de mettre la main sur des réserves à un prix déprécié, sans investissements d’exploration nécessaires.

Mais les majors – dont nous avons vu qu’elles ont connu une dégradation de leur situation financière – ont-elles encore les moyens de s’engager dans des plans d’acquisitions ambitieux ? Elles ont certes toutes réduit leurs investissements initialement prévus pour 2015 (entre -8% et -25%[xii]), mais elles ont également maintenu le montant de leurs dividendes en 2015[xiii], ce qui prouve qu’elles possèdent encore des marges de manœuvre financières. En effet, leur ratio dette nette/EBITDA (évaluant la capacité d’une entreprise à rembourser sa dette) a certes augmenté depuis 3 ans mais reste à un niveau tout à fait acceptable (ratio inférieur à 1.4 pour une évaluation supérieure ou égale à A selon Moody’s).

Ainsi les fusions-acquisitions dans le secteur de l’amont pétrogazier pourraient repartir à la hausse dans les prochains mois, que ce soit grâce à des consolidations sur le marché américain ou le passage à l’action des majors. Cela enverrait un signe fort d’une stabilisation des conditions de marché et de la restructuration d’un marché où les acteurs restant se montreraient plus robustes financièrement. Il sera également intéressant d’observer si les gros producteurs se lancent dans des campagnes de méga-fusions ou de méga-acquisitions, (tel le rachat de BG Group par Shell en 2016) rappelant la période fin 1990-début 2000 qui avait vu la formation des majors actuelles dans un contexte similaire de prix bas du baril.

 

Sia Partners

 

[i] D’après Bloomberg

[ii]Le Figaro, «  Pourquoi les pétroles de schiste sont les nouveaux subprimes », 21 janvier 2016 http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2016/01/21/31007-20160121ARTFIG00148...

[iv]Analyse Sia Partners d’après le CBOE (Chicago Board Options Exchange) Crude Oil ETF Volatility Index qui mesure les anticipations de volatilité du marché à 30 jours selon selon la méthodologie VIX appliquée au United States Oil Fund.

[v] Certains actionnaires de Shell s’étaient alors positionnés contre cette acquisition à un prix basé sur un prix du pétrole bien plus élevé que celui des cours

[vi]D’après le panorama 2016 de l’IFPEN

[vii]D’après Businesswire basé sur la base de données M&A de 1Derrick. Transactions de plus de 100 m$ : 207 de moyenne sur la période 2008-2014, 242 en 2014 et seulement 106 en 2015

[viii] D’après analyse du Crude Oil ETF Volatility Index

L’indicateur se base sur les prix de 30 jours du marché américain du pétrole brut en % annualisé

[ix] Que ce soit pour le Brent ou le WTI. Le BREXIT a néanmoins fait légèrement rechuter les cours.

[x] D’après analyse du Crude Oil ETF Volatility Index

[xi] D’après ENI World Oil&Gas review 2015

[xii] Pour aller plus loin sur le sujet, l’article « Comment le sous-investissement d’aujourd’hui prépare-t-il la rareté de demain » sur le Blog Sia Partners

[xiii] Les Echos, « Le maintien du dividente, priorité pour Total et les majors pétrolières », 2 février 2016 http://www.lesechos.fr/11/02/2016/lesechos.fr/021691181516_le-maintien-d...

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