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12/09/2016

Vers une consolidation de l'aval de la filière photovoltaïque en France ?

La course à la taille se poursuit à l’aval de la filière photovoltaïque en France comme en témoignent les nombreux rapprochements de l’année 2015 : l’achat de Solaire Direct par Engie, l’intégration de Senergies dans Global EcoPower, et l’acquisition de la filiale française de Juwi ENR par Neoen, entre autres. Aujourd’hui, à l’aube du changement des mécanismes de soutien, tous les ingrédients pour une consolidation du secteur semblent être réunis. Quel sera le nouveau visage de ce marché en France ?

L’aval de la filière solaire reste un marché hétérogène et fragmenté

L’aval de la filière photovoltaïque regroupe les activités de développement, construction, exploitation et maintenance de centrales photovoltaïques[i]. Ainsi, l’aval est composé d’un grand nombre d’acteurs présents sur un ou plusieurs segments de la chaîne de production. Ils constituent un ensemble hétérogène tant en termes d’activité que de taille.

Il est possible de distinguer quatre types d’acteurs :

  • Des producteurs d’énergie indépendants spécialisés dans l’énergie solaire avec des capacités installées de moins de 100 MW comme Générale du Solaire, Tenergie, Cap Vert Energie…
  • A ces acteurs s’ajoutent une deuxième génération de producteurs d’énergie indépendants de plus grande taille. Ces PMEs déploient une stratégie industrielle d’énergie renouvelable qui se traduit par une forte intégration verticale (développeur-constructeur-exploitant) et/ou horizontale (multi-ENR). Des acteurs comme Neoen, Akuo Energy, Fonroche et Quadran sont dans cette catégorie.
  • Les groupes énergéticiens sont également présents sur ce secteur à travers leurs filiales spécialisées. Il s’agit d’EDF avec EDF Energies Nouvelles d’une part ; et d’ENGIE avec la Compagnie Nationale du Rhône, la Compagnie du Vent, Futures Energies et Solaire Directe d'autre part.
  • Pour finir, les acteurs financiers deviennent aussi détenteurs de capacités de production. Avec la maturation de la filière, les modes de financement ont évolué d’une forme de capital-risque (investissements au capital des entreprises) vers un véritable marché de l’infrastructure soutenu par des investisseurs de long terme comme des compagnies d’assurance, des fonds souverains et d’autres investisseurs institutionnels. 

 

L’aval de la filière photovoltaïque est un secteur historiquement fragmenté car il a émergé au travers de l’activité de PMEs ayant une activité à forte empreinte locale. Ceci est tout d’abord dû à la nature de l’activité, qui est liée aux spécificités du lieu où la centrale est construite. Ensuite, les mécanismes de soutien à la filière, notamment les tarifs d’achat mis en place depuis le début des années 2000, ont permis à des petits acteurs comme des bureaux d’études ou des cabinets d’ingénierie de se développer en tant que producteurs d’énergie renouvelable. C’est le cas d’Urbasolar ou d’IEL.

Ce constat reste vrai aujourd’hui. Pour preuve, Engie qui est le leader du marché en termes de capacité installée, ne possède qu’une part comprise entre 10% et 15%[ii] d’un marché comptant plusieurs dizaines d’acteurs. Ceci implique un indice IHH[iii] largement inférieur à 1 000, ce qui montre une faible concentration du marché. La puissance cumulée des six plus grandes entreprises de ce secteur représente moins de 30% de la capacité photovoltaïque installée en France[iv], ce qui traduit aussi sa fragmentation.

La consolidation de la puissance installée peut être une réponse aux incertitudes économiques du secteur

Le modèle économique de la production d’électricité d’origine solaire photovoltaïque vit de profonds bouleversements qui favorisent une logique de croissance pour ses entreprises. Tout d’abord, il faut mentionner la suppression des tarifs d’achat pour les installations solaires de plus de 100 kW décidée dans le cadre de la Loi sur la Transition Energétique et la Croissance Verte. Ce mécanisme de soutien a évolué vers un complément de rémunération au prix de vente sur le marché (Feed-in-premium) depuis mai 2016. Ces aides seront attribuées dans le cadre d’appels d’offres. Cette nouvelle configuration est défavorable aux acteurs de petite taille. En effet, la fin des tarifs d’achat induit une diminution de la visibilité des revenus et a pour conséquence l’augmentation du coût du capital pour les porteurs de projet. Dans ce contexte, la logique de consolidation est importante afin d’assurer une solidité financière par la génération de flux de trésorerie suffisants qui permettent à la fois d’investir dans des nouveaux projets et de répondre efficacement aux appels d’offre. De plus, les petites installations pour lesquelles les tarifs d’achat sont maintenus subissent une pression sur les marges d’exploitation à cause d’une baisse continue de ces tarifs. Les acteurs français de la production d’énergie solaire ont besoin de nouveaux relais de croissance soit à l’international, soit sur d’autres activités. La croissance externe apparait donc comme une étape importante pour ces entreprises.

Paradoxalement, la filière subit des pressions dans le sens inverse s’agissant d’un marché théoriquement compétitif car l’activité est morcelée géographiquement, les économies d’échelle sont faibles[v] et les barrières à l’entrée sont peu importantes[vi]. La baisse vertigineuse et ininterrompue des coûts de production d’électricité solaire renforce et approfondit cette tendance.

Le nouveau panorama concurrentiel du secteur va donc être dessiné par l’interaction de ces deux tendances.

Quelle sera l’évolution du panorama concurrentiel pour cette nouvelle filière ?

Dans ce contexte, il est possible de s’attendre à une consolidation relative du secteur avec l’émergence de nombreux acteurs de taille intermédiaire, mais où aucun n’a une position majoritaire. Pour cela, il sera nécessaire que les mouvements de fusions et acquisitions de la filière se poursuivent dans les années à venir entrainant la disparition des très petits acteurs spécialisés.

Plusieurs stratégies de croissance peuvent être adoptées par les acteurs français du photovoltaïque :

1. Une plus forte intégration verticale afin de maîtriser au mieux la chaîne de production, et de diversifier les sources de revenu avec les activités de construction, financement, opération et maintenance. Le rachat de l’entreprise de construction de centrales solaires Senergies par Global EcoPower illustre cette logique. Par ailleurs, il est envisageable que cette intégration se fasse encore plus haut dans la chaîne de valeur avec des acteurs de l’amont de la filière. Il est possible que les constructeurs de panneaux ou des équipementiers français décident de construire et d’exploiter des actifs de production d’énergie à l’instar de certains acteurs nord-américains comme SunPower, First Solar et Canadian Solar. Le mouvement inverse est également possible comme l’a fait EDF EN en achetant Photowatt, un fabricant de panneaux solaires.

2. Une intégration horizontale par la convergence vers des modèles multi-ENR afin de diversifier les sources d’énergie. Le rapprochement entre Engie, qui à travers ses filiales disposait de la plus grande capacité éolienne, et SolaireDirect, le leader du marché solaire, en est un exemple. Il est possible que ce type de mouvements touche particulièrement le segment des développeurs/exploitants de petite taille, qui pourraient disparaitre.

3. Une logique de build-up d’infrastructure pour générer des revenus importants et des gains financiers (plus-values de cession, gains de refinancement…). Ce type d’évolution est possible pour des acteurs désirant croître rapidement comme Tenergie ou Cap Vert Energies, mais elle est aussi pertinente pour les acteurs financiers. 

 

L’aval de la filière photovoltaïque, comme l’ensemble de la filière, vit des mutations très importantes à la fois sur son modèle économique et technologique. Ainsi, elle est en train de devenir un véritable secteur industriel intégré et internationalisé et ce à travers la concentration de ses acteurs.

 

Sia Partners

 

[i] Marché défini comme tel par l’Autorité de la Concurrence dans sa décision relative à l’acquisition de Solaire Directe par Engie (Décision n° 15-DCC-102 du 30 juillet 2015)

[ii] Décision de l’autorité de la concurrence relative à l’achat de Solaire Directe par Engie

[iii] L’indice IHH mesure le degré de concentration d’un marché et correspond à la somme des carrés des parts de marché des différents acteurs. Un marché ayant un indice IHH<1 000 est considéré comme étant peu concentré. Différentes simulations sur la filière aval photovoltaïque montrent que son indice IHH est compris entre 300 et 1 300, avec un indice de 500 pour le scénario central.

[iv] Estimation approximative : à fin 2015 la capacité installée cumulée d’EDF EN, Engie, Neoen, Akuo Energy, Quadran et Fonroche est d’environ 1,800 MW d’après leur site web ce qui correspond à moins de 30% des 6 549 MW en France à la même date

[v] Des économies d’échelle importantes sont possibles à l’échelle du projet, ce qui n’est pas nécessairement le cas au niveau de l’entreprise

[vi] Pas besoin d’investissements R&D et le CAPEX total est relativement faible comparé à des unités de production d’énergie conventionnelle car il est possible de générer rapidement des flux de trésorerie y compris pour des petites unités de production 

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