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21/04/2016

Les GAFA : catalyseurs du développement des énergies renouvelables ?

Il y a un peu plus d’un an, Apple a annoncé la construction de deux nouveaux centres de données alimentés à 100% par des énergies renouvelables en Irlande et au Danemark. S’inscrivant dans une dynamique positive en faveur du changement climatique, l’objectif de la firme est clair : « Stimuler la croissance de l’industrie verte » dans ces deux pays, en s’appuyant sur des partenaires locaux.

Ce type d’initiative n’est pas un cas isolé et dépasse largement le cas particulier d’Apple. Pointés du doigt par Greenpeace pour l’ampleur de leur impact sur l’environnement, certains géants du net placent aujourd’hui les problématiques environnementales au cœur de leurs préoccupations et se positionnent en véritables acteurs de la transition énergétique.

L’explosion des données numériques impacte la consommation énergétique et les émissions de CO2

Le numérique est devenu une réalité de nos sociétés contemporaines : les sites internet et les réseaux sociaux ne cessent de se développer, les objets numériques se multiplient,  leurs usages s’intensifient et l’information au sein des entreprises se dématérialise de plus en plus. Si cette transformation peut être porteuse d’économies d’énergie (utilisation des e-mails au lieu des courriers, réunion en visio conférence permettant d’éviter des déplacements…), ces dernières sont cependant anéanties par la consommation énergétique liée aux technologies de l’information (Lire aussi « Technologies de l’information : peuvent-elles être aussi « vertes » ? »). Le développement du numérique repose en effet sur des infrastructures, comme les data centers ou les réseaux, fortement énergivores. Selon un rapport de l’AIE[i], la demande d’énergie liée aux réseaux et aux centres de données a atteint 640 TWh en 2013. Comparée à la consommation électrique des pays sur la même année, le cloud arrive ainsi en 6ème position.

Le développement du numérique n’est donc pas neutre pour l’environnement.  Le rapport “Smarter 2020” estime que les émissions liées aux technologies informatiques représentent près de 2% des émissions globales soit une part équivalente à celle du secteur aéronautique. La croissance d’internet et de ses usagers n’en est qu’à ses débuts : aujourd’hui, 3 milliards de personnes ont accès à internet  et ce chiffre atteindra 3,6 milliards en 2017[ii]. Non seulement il y aura plus d’utilisateurs, mais aussi plus d’appareils connectés. Les acteurs du secteur de l’internet, au cœur de cette dynamique, ont donc un rôle crucial à jouer pour limiter l’impact environnemental, notamment en recourant à des sources d’énergies renouvelables pour le fonctionnement de leurs activités.

L’intérêt économique pousse les géants du net à investir dans les énergies renouvelables

Afin de donner une image positive aux consommateurs de plus en plus soucieux des questions environnementales, mais également pour maîtriser leurs charges, les acteurs du net voient une opportunité dans le développement des énergies renouvelables. La consommation électrique représente 30 à 50% des coûts d’exploitation des data centers[iii]. La situation actuelle se montre particulièrement favorable aux intérêts financiers des opérateurs de centres de données. La baisse des coûts des énergies renouvelables, permise par les politiques de soutien des gouvernements (subventions, tax breaks) et par l’amélioration des technologies, leur permet en effet de s’affranchir des prix volatiles des énergies fossiles. Selon le Laboratoire National Lawrence Berkeley, le prix moyen de l’énergie éolienne aux Etats-Unis est passé de 7 centimes/kWh en 2008 à 3 centimes/kWh en 2015. Les prix de l’énergie solaire ont quant à eux plongé de 10 centimes en une dizaine d’année, passant de 15 centimes/kWh à 5 centimes/kWh aujourd’hui. Tim Cook, PDG d’Apple, énonçait d’ailleurs clairement cet intérêt au sujet de l’investissement dans une ferme solaire de 280 MW à Monterey : « nous le faisons parce que c’est non seulement la bonne chose à faire mais aussi car c’est intéressant financièrement. Nous espérons faire des économies significatives […]»[iv].

Ainsi, les géants du net alimentent leurs data centers par des sources d’énergies renouvelables, soit à travers des installations qui leur sont propres, soit à travers des contrats d’approvisionnement à long terme. Apple a choisi de construire deux fermes solaires de 20 MWc et une unité de piles à combustible biogaz de 10 MW pour alimenter son data center en Caroline du Nord. Avec ses autres fermes solaires de Reno dans le Nevada, l’entreprise est devenue le premier opérateur solaire privé américain dont la production est destinée à être autoconsommée. De son côté, Facebook s’est engagé à acheter de l’énergie pour son data center en Iowa auprès du fournisseur MidAmerican, qui a investi 1,9 milliards de dollars pour augmenter ses capacités de production d’énergie éolienne.

Cependant, le recours à du 100% renouvelable reste à nuancer. Les data centers nécessitent un approvisionnement en continu d’électricité, obligeant les opérateurs à prévoir une seconde source d’alimentation sur le réseau d’électricité. Un des enjeux majeurs est de garantir en permanence la fiabilité des installations. Ghislain Colom, directeur Data Center Solutions de Cofely Services (groupe Engie), chiffrait récemment dans la revue Environnement & Technique l'heure de coupure d'un data center à plus de 350.000 euros.

L’implication des géants du numérique dans les énergies renouvelables est également un moyen de se diversifier et d’investir dans un secteur d’avenir. Ces derniers misent sur le développement de cette industrie à travers des financements pour la recherche, ou à travers des partenariats. Google a décidé par exemple d’investir 1 milliard de dollars dans des projets liés aux énergies renouvelables. Apple et NV Energy se sont associés pour co-développer un projet solaire et une offre tarifaire garantissant une production à base d’énergie verte. L’innovation autour de ces énergies représente un autre levier de croissance. Avec son simulateur Sunroof, Google met à disposition l’information nécessaire au développement des panneaux solaires. Il permet au consommateur de connaître les capacités d’ensoleillement de son toit et il donne aux installateurs des informations sur les clients potentiels de son périmètre d’action.

Les géants du net ont un rôle moteur dans le développement du secteur, montrant la voie aux autres acteurs IT

Cette opportunité économique permet aux acteurs du net de se positionner en véritables leaders du changement. Sur son site institutionnel, Google mentionne qu’il investit dans des projets d’énergies renouvelables non seulement pour son propre fonctionnement mais également pour faire évoluer tout le secteur IT. En effet, les projets soutenus par Google représentent une capacité de plus de 2 GW, soit beaucoup plus que l’électricité nécessaire à ses propres opérations.

Pour impulser cette dynamique, les géants d’internet actionnent plusieurs leviers. Tout d’abord, ils agissent en exerçant une pression sur les fournisseurs d’énergies pour qu’ils développent des sources d’énergies renouvelables et proposent des offres « vertes ». Ainsi, Duke Energy, fournisseur d’électricité en Caroline du Nord connu pour son recours massif aux énergies fossiles, a fini par développer une offre d’électricité verte à la suite de la pression exercée par Apple, Facebook et Google. Les grands opérateurs IT,  du fait de leur puissance économique, peuvent également influencer les politiques gouvernementales. Ces dernières représentent un levier majeur pour le développement du secteur via des subventions ou des prêts à conditions avantageuses comme le montre l’exemple de la Chine et le développement du photovoltaïque (Lire aussi « Développement de la filière photovoltaïque chinoise : intérêt économique ou écologique ? »). En 2013, Facebook a choisi de localiser son 4ème data center en Iowa plutôt qu’au Nebraska. Ce choix, en partie basé sur des critères de facilité d’accès aux énergies renouvelables, a poussé le gouvernement du Nebraska à revoir sa politique de soutien aux énergies vertes.

En œuvrant ainsi pour le développement des énergies renouvelables,  Google, Apple, Facebook montrent l’exemple et facilitent l’accès à ces sources d’énergies à d’autres entreprises du secteur IT. Ils prouvent également qu’il est possible de s’alimenter à partir de sources d’énergies propres, poussant alors les clients à exiger le même niveau d’engagement à leurs fournisseurs de stockage de données. Ainsi, de plus en plus d’opérateurs de centres de données s’engagent aujourd’hui dans le renouvelable. A titre d’exemple, Rackspace, société de 6 000 employés spécialisée dans le cloud computing, s’est fixée comme objectif d’augmenter de 5% par an son approvisionnement en énergie renouvelable pour à terme arriver à une alimentation  100% verte de ses data centers. Salesforce a également annoncé un engagement de 100% d’énergies renouvelables sur le long terme. Engagement qui n’est pas sans conséquence puisque Salesforce fait appel à des entreprises de colocation de serveurs pour ces activités. Celles-ci devront donc proposer des data centers alimentés par des énergies renouvelables pour collaborer avec l’éditeur de CRM. Les opérateurs intègrent même ces énergies au cœur de leur stratégie. Selon le rapport « Trends in Data Centers » de Mortensen réalisé en 2014, 84% des opérateurs de data centers en Amérique du Nord envisagent de recourir à des sources d’énergies renouvelables pour répondre à leur besoin. L’exemple de Yahoo en est d’ailleurs la preuve. En signant un contrat d’achat de 25 MW d’énergie éolienne au Kansas pour approvisionner son data center au Nebraska, Yahoo fait un grand pas dans le renouvelable : ce data center était de loin le plus consommateur en énergies fossiles.

Si la dynamique semble être enclenchée, il reste cependant encore des efforts à fournir pour verdir le secteur internet. Du côté des acteurs IT, les résultats sont disparates. Et notamment au sein des GAFA.  Malgré son engagement pour alimenter à 100% en énergies renouvelables ses data centers, Amazon reste loin du niveau de Google, Apple et Facebook. La société ne fait pas preuve de transparence et ne diffuse pas d’informations au sujet de l’énergie qu’elle utilise et de son empreinte carbone. Amazon a même prévu de construire un nouveau data center en Virginie, Etat fortement utilisateur d’énergies fossiles, sans annoncer d’éventuels contrats d’achat d’énergies renouvelables pour ses opérations. Les fournisseurs d’énergie représentent eux aussi un frein au développement du secteur. Même s’ils proposent aujourd’hui des offres « vertes », le prix encore trop élevé de ces dernières ne va pas en faveur de leur expansion.

Pour peser de manière plus forte dans le débat, certains acteurs ont décidé de se grouper pour faire évoluer le secteur vers un « green internet ». Les plus grandes sociétés consommatrices d’électricité se sont réunies en 2014 pour écrire les “Corporate Renewable Energy Buyers’ Principles” qui appellent les régulateurs et fournisseurs d’énergie à améliorer l’accès aux énergies renouvelables pour les entreprises. Parmi ces entreprises, figuraient notamment les acteurs du secteur IT tels Facebook, eBay, Salesforce, Yahoo et Intel.

Sia Partners

Notes et sources


[iii]Article  « Data centers : réduire la facture énergétique pour rester compétitifs » -

Revue « Environnement & Technique » N°350 – Septembre 2015 - http://www.actu-environnement.com/ae/dossiers/efficacite-energetique/data-centers-reduire-facture-energetique-rester-competitifs.php

[iv] Traduction de “Quite frankly, we’re doing this because it’s right to do, but you may also be interested to know that it’s good financially to do it. We expect to have a very significant savings”

 

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