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07/11/2006

Le charbon : énergie du futur ?

Souvent associé à  une image d'énergie sale et dépassée, le charbon 1 connaît un regain d'intérêt dans les pays occidentaux, dans un contexte de tension énergétique à  l'échelle mondiale. En France, deux ans seulement après la fermeture de la dernière mine,la production, qu'on croyait définitivement abandonnée, pourrait être relancée avec l'exploitation à  ciel ouvert d'un important gisement dans la Nièvre.

En France, le charbon est passé en arrière plan

Entre 1973 et 2005, la consommation nationale de charbon a été divisée par deux. Cette baisse est due à  la chute de la consommation de la sidérurgie, de l'industrie, du secteur résidentiel-tertiaire. De plus, les besoins croissants en électricité ont été satisfaits par le choix de l'énergie nucléaire. Néanmoins, la production d'électricité représente aujourd'hui la moitié de la consommation de charbon. Quant à  la production de charbon, elle a régulièrement diminué depuis 1958. En 1994, les mines françaises n'étant plus compétitives, les pouvoirs publics décident l'arrêt progressif de l'extraction. Le puits lorrain de La Houve est le dernier à  fermer, en avril 2004. Une grande page semble tournée.

Parallèlement à  l'arrêt progressif de la production, les importations ont augmenté, passant de 16,5 en 1973 à  21,5 millions t/an en 2001. En 1973, l'Allemagne fournissait plus de la moitié du charbon importé en France. Aujourd'hui, les principaux fournisseurs sont l'Australie et l'Afrique du Sud.

Cette situation n'est pas propre à  la France : en Belgique, l'extraction s'est arrêtée dès 1992 ; en Angleterre on ne compte plus que 7 mines en activité. La production du Royaume-Uni est passée, entre 1973 et 2001, de 130 à  32 millions t/an. Parmi les pays de l'Union Européenne, seules la Pologne et l'Allemagne possèdent encore une production importante. Aujourd'hui, le charbon n'est plus que la troisième source d'énergie fossile utilisée en Europe, après avoir été historiquement la première.

Un récent retournement de tendance pour la production de charbon en France et en Angleterre

La France et l'Angleterre, qui comptent parmi les plus vieux pays industriels, ont par le passé basé leur économie sur l'exploitation massive de leurs réserves de charbon. Le changement de tendance actuel est, de ce point de vue, très symbolique.

En France, la demande intérieure d'énergie primaire, exprimée en millions de tep, en année mobile arrêtée fin août 2006 et après correction climatique, est en légère hausse, la hausse la plus importante étant constatée pour le charbon. Cette augmentation s'explique par le redressement de la sidérurgie et le recours aux centrales thermiques. Tout récemment est apparue la possibilité de relancer la production de charbon en France. Ce renouveau pourrait passer par la Nièvre, où se trouve un gisement de 250 millions de tonnes. Le projet, annoncé le 12 août, prévoit également la construction d'une centrale thermique de 1000 MW.

En Angleterre, la mine de charbon de Hatfield, ouverte en 1908 et fermée en 2004, est en train de renaître. Elle devrait être à  nouveau exploitée à  partir du printemps 2007. Le gisement, d'excellente qualité, assurera quarante ans de production, au rythme annuel initial de 2,5 millions de tonnes. Le charbon produit servira essentiellement à  la production d'électricité. Rappelons qu'actuellement la Grande-Bretagne importe plus de charbon qu'elle n'en extrait. Pendant 20 ans la Grande-Bretagne fut autosuffisante en énergie grâce au pétrole et au gaz de la mer du Nord. Du fait de l'épuisement rapide de ces deux ressources, le pays découvre maintenant la dépendance énergétique.

Au niveau mondial, le charbon est resté une ressource primordiale

Le cas de l'Europe est particulier, car les pays en fort développement n'ont pas pu se permettre de privilégier des énergies moins polluantes, comme le gaz naturel ou le nucléaire. En 1973, l'Europe occupait une place importante dans l'extraction du charbon avec 21 % de la production mondiale réalisée par les pays de l'OCDE. Les autres gros producteurs de l'époque étaient les Etats-Unis, la Russie et la Chine. En 2001, les pays de l'OCDE ne réalisent plus que 5% de la production mondiale. Pendant la même période, la production mondiale a augmenté de 70%, portée notamment par les productions de la Chine (multipliée par trois) et des Etats-Unis (+80%).

La consommation de charbon suit à  peu près la même évolution. Seules l'Europe et l'ex-URSS ont vu leur consommation décroître entre 1973 et 2001. L'augmentation la plus forte est à  nouveau celle de la Chine, dont la consommation est multipliée par trois.

Un engouement qui peut se ressentir sur les prix

Depuis cinq ans, le charbon a le vent en poupe : entre 2001 et 2004, la consommation mondiale a bondi de 23% (selon l'AIE), soit deux fois et demi la progression du gaz naturel et quatre fois celle du pétrole. La forte demande chinoise, mal anticipée, a été la cause principale d'une flambée des prix en 2003 et 2004. Cette flambée s'explique également par l'indisponibilité momentanée des cargos, mobilisés pour le transport de minerai vers l'Asie, qui a fait grimper le coût du fret.

Evolution du prix spot du charbon
CAF : coût, assurance et fret ; ARA : Anvers Rotterdam Amsterdam ; FAB : Franco à  bord ; FRET : par tonne transportée entre Richards Bay (Afrique du sud) et Rotterdam
Source : DGEMP

Une deuxième incertitude pèse sur la rentabilité du charbon, car il est fortement émetteur de CO2 : la lutte contre le réchauffement climatique étant un des défis les plus importants que nous ayons à  relever actuellement, les décideurs politiques européens vont inciter les industriels à  recourir aux technologies moins polluantes, notamment à  l'aide des permis d'émission. Le charbon doit donc devenir propre, et la solution pourrait venir de la séquestration du CO2. Encore chère à  l'heure actuelle, elle rallie les faveurs des industriels et des décideurs politiques car elle pourrait être opérationnelle dans quelques années (voir l'article de ce blog La séquestration du CO2 : une alternative aux permis d'émissions ?). La nécessité de rendre le charbon propre est d'autant plus cruciale qu'il est voué à  devenir la première source d'énergie primaire au niveau mondial.

Grâce à  ses réserves, le charbon sera incontournable à  l'avenir

Les réserves de charbon sont colossales : BP les estime à  910 milliards de tonnes, ce qui promet 155 ans de production au rythme actuel, contre environ 45 ans pour le pétrole et 60 ans pour le gaz. Ceci explique la proportion croissante de charbon dans la consommation mondiale d'énergie primaire, portée principalement par la consommation chinoise et par la production d'électricité.

De plus, les réserves sont bien réparties. 83 % de la production de charbon est consommée dans le pays d'extraction. A l'inverse, une part de plus en plus grande du pétrole est produite dans des régions politiquement instables. Et le gaz est concentré dans des pays au fort "nationalisme énergétique" : Venezuela, Russie, Bolivie, Iran.

On assiste ainsi à  un fort regain d'intérêt pour le charbon, comme solution pour se protéger contre la dépendance aux prix et contre les risques d'approvisionnement. Par exemple, début octobre, après des années de négociations, le géant russe Gazprom a éconduit sans ménagement les compagnies occidentales qui souhaitaient s'impliquer dans le projet Chtokman. Cette décision prive le marché américain de précieuses réserves de gaz. De plus, le prix du pétrole est destiné à  rester haut. Toujours le mois dernier, après la baisse récente des cours du pétrole, l'OPEP a baissé ses quotas de production de 1,2 millions de barils par jour afin de protéger ses revenus.

Les industriels du secteur profitent du contexte favorable au charbon, et sont optimistes pour les années à  venir. C'est le cas d'Alstom Power, leader mondial des turbines pour centrales à  charbon. General Electric, en association avec Bechtel, développe des centrales dites IGCC sur une licence rachetée à  ENRON. Ce concept, connu depuis longtemps, devient rentable avec la hausse du prix du gaz et du pétrole.

Sia Conseil

Notes :
(1) Selon ses caractéristiques, le charbon est utilisé comme charbon vapeur ou comme charbon à  coke. Le charbon à  coke est utilisé principalement pour la production de coke à  usage des hauts fourneaux de la sidérurgie. Dans cet article, nous nous intéressons principalement au charbon vapeur, qui est utilisé comme source d'énergie.

Sources :
Actualités : Le Monde (sept. et oct. 2006)
Chiffres : Direction Générale de l'Energie et des Matières Premières

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